La Danse en Ré Créations - Arabesques - Divertissements

Collectif, 15 Histoires de Danse

En 15 scènes, s’écrit la danse : des récits d’Histoire et civilisation d'Yvonne Girault, aux tourbillonnantes pages de Léon Tolstoï, d’aventures en fééries, par Micheline Cloos, Henriette Robitaillie, Simone Roger-Vercel… Echappé d'un destin par Vicki Baum, et de[s] cour[s] au jardin : bouquets aux saluts [à] Odette Joyeux et Claude Bessy…

Lorsqu'un passage du livre[t] est ajouté, il prend sa place dans le cours "de [l']histoire" ; les pages ne se suivent pas toujours au fil des scènes. Tu parcourras donc cette page avec rigueur !

Le Ballet de La Nuit

Yvonne Girault raconte la première rencontre de celui qui allait devenir le Roi Soleil et du "maître de musique", Jean-Baptiste Lully : en 1649, pour échapper à la Fronde, la cour s’est réfugiée à Saint-Germain. Le roi Louis XIV, âgé de 9 ans, s’ennuie… Mademoiselle - Anne, duchesse de Montpensier, fille du duc d'Orléans et cousine germaine du roi -, offre alors un spectacle improvisé…

Le Ballet de La Nuit

Tout à coup, le petit roi vit bondir sur l'estrade un garçon qui pouvait avoir une quinzaine d'années tout au plus, leste et vif comme un écureuil, si souple et si amusant que Louis applaudit, aussitôt imité par toute la cour.

Masqué, costumé avec tous les oripeaux sur lesquels il avait pu faire main basse, c'était naturellement Gianbatista qui s'escrimait tantôt de la guitare et tantôt du violon, coiffé d'un immense chapeau à plumes qu'il faisait parfois voler en l'air et rattrapait comme un escamoteur. Le jeune Lulli improvisa à lui seul un spectacle qui tint la cour en haleine : il dansait, chantait, racontait et mimait des histoires en prenant tour à tour la voix de chacun des personnages qu'il représentait, bref il charma tout le monde, à commencer par la famille royale.

[…]

A la fin du spectacle, le jeune roi demanda, comme on lui avait appris à le faire pour les personnages important, qu'on lui présentât le musicien de Mademoiselle.

- Comment vous appelez-vous ? interrogea Louis XIV.

Et, comme Gianbatista parlait maintenant très bien le français, il répondit clairement en s'inclinant pour le plus beau de ses saluts :

- Gianbatista Lulli, Sire. Pour vous servir.

- Lulli, répéta par deux fois l'enfant-roi.

Et, toujours comme on le lui avait enseigné, mais avec une chaleur véritable, il ajouta en tendant sa main à baiser :

- Je m'en souviendrai.

Louis XIV s'en souvint en effet. Et Jean-Baptiste Lulli devait, grâce à lui, transformer complètement le ballet, danse d'origine italienne qui tenait une grande place à la cour de France.

Elle y était apparue en 1580, par la volonté de Catherine de Médicis qui fit danser devant son fils préféré, Henri III, le ballet intitulé Circé et ses nymphes, aussitôt connu sous le nom de Ballet de la reine. Il avait été dansé et joué par toute la cour. Y trouvaient place la musique aussi bien que le chant, la danse, la récitation, le mime, les récits mythologiques, l'actualité politique et quotidienne - le tout dans des décors féeriques de grottes mystérieuses et de jardins enchantés.

En principe, le ballet se déroulait toujours de la même manière : des "entrées" richement costumées, puis le "grand ballet" ou "ballet général". Le spectacle comportait cinq actes, dont chacun comprenait trois, six, neuf et jusqu'à douze entrées successives.

L' "ouverture", qui était en quelque sorte l'exposition de la pièce, était en général parlée et chantée, afin d'expliquer clairement ce qu'allaient mimer les danses.

Quant aux entrées, elles se composaient d'un ou plusieurs quadrilles de danseurs - danseurs groupés par quatre, parfois aussi par huit ou par douze - jouant, mimant et dansant l'action.

Le grand ballet réunissait tous les danseurs, chanteurs, musiciens et mimes. C'était ce qu'on appelle aujourd'hui "le final.

Le tout composait un spectacle éblouissant. Les plus grands personnages de la cour, souvent même le roi et la reine, y prenaient part, revêtus de costumes prestigieux et chamarrés de bijoux somptueux.

Ces ballets utilisaient une danse "horizontale", parfaitement organisée - on pourrait dire "dessinée" - en carrés, triangles et autres figures géométriques. Comme les danseurs étaient tous des amateurs, on ne pouvait leur demander autre chose que des évolutions se rapprochant de celles qu'ils exécutaient dans un bal.

C'était une des grandes distractions de la cour de France et Louis XIV, qui aimait à la folie la danse et le spectacle, en multiplia toutes les occasions. Dès 1652, Lulli devint le partenaire attitré du roi, lui-même excellent danseur.

[…]

L'un des ballets qu'il créa pour le jeune roi est demeuré célèbre, car c'est celui où, pour la première fois, Louis XIV parut costumé en Roi-Soleil : le fameux Ballet de La Nuit.

Lulli avait ménagé au souverain de nombreuses entrées personnelles, où le roi paraissait sous toutes sortes de costumes : en berger, en soldat, en gueux grattant ses puces, en l'une des trois Grâces, en Sosie, valet d'Amphitryon, vêtu de blanc et couvert de médaillons multicolores.

L'ouverture présentait la Nuit elle-même qui s'avançait lentement sur un char tiré par des hiboux, accompagnée des douze Heures répondant au discours qu'elle adressait au Soleil, lequel disparaissait à mesure qu'elle avançait.

Le ballet et son royal danseur remportèrent un prodigieux succès.

A partir de ce moment, Lulli devint le musicien et l'ordonnateur des spectacles de la cour : danses, comédies, opéras. Il organisa, en particulier, maintes intermèdes pour les pièces de Molière - autre Jean-Baptiste(1). Celui-ci était le plus prodigieux auteur comique de son temps et peut-être de tous les siècles; celui-là, un musicien, un danseur, un improvisateur de génie. Leur collaboration fit de la cour de France le paradis du spectacle

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Lorsque Molière parut pour la première fois devant le roi, ce fut au cours des fêtes qu'offrit à son souverain le surintendant des finances, Fouquet, en son merveilleux château de Vaux. Molière, alors jeune et encore presque inconnu, n'avait pas une troupe suffisante pour comprendre à la fois danseurs et comédiens ; ne pouvant inclure les danses dans la pièce elle-même, Les Fâcheux, il imagina de les placer entre les actes, comme autant d' "entrées". Cette idée ravit Lulli qui devait s'en servir à maintes reprises, entre autres dans la pièce qui devait avoir - et qui connaît toujours - un immense succès : Le Bourgeois Gentilhomme.

Il y parut lui-même sur scène pour danser le pas du Mamamouchi, vêtu à la turque et coiffé d'un gigantesque turban. Se souvient-il alors du jour où, portant un turban fait de chiffons entortillés et grimpé sur un tréteau volant dans sa bonne ville de Florence, il avait attiré l'attention du seigneur français qui devait l'amener du moulin paternel à la cour la plus brillante de son temps ?

Yvonne Girault : "Le Ballet de La Nuit", in 15 Histoires de Danse, Editions Gautier-Langereau - Paris, 1972

Le vrai nom de Molière était en effet Jean-Baptiste Poquelin.

Aurélie Dauvin © En ré Créations.

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