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Odette Joyeux, Le Trésor des Hollandais

TABLE [des matières]


BLACK JACK
ou quand des bords de la Seine aux rives du Saint-Laurent les gangsters ouvrent l'œil.

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Lulu était dans le train. Bicou ne s'était pas trompé. On s'en doute, les intentions de Lulu n'étaient pas des meilleures. Une fois encore, ayant alerté le grand chef Moralès, il devait exécuter ses ordres. Reprendre le fabuleux collier et la bague qui non seulement constituaient en eux-mêmes un trésor, mais qui devenaient de redoutables pièces à conviction.

Ainsi les enfants, en toute innocence, étaient-ils devenus les adversaires des bandits.

Donc, depuis Orly, en passant par l'Opéra, le cours particulier, les Tuileries, Lulu ne cessait de suivre les enfants, et Jacinthe, surtout, afin de trouver le bon moment pour lui reprendre les bijoux avec lesquels elle jouait comme elle aurait joué avec des billes.

Savigny-sur-Orge. Jacinthe rassemble son petit matériel, cartable et cabas de danse. Le train s'arrête. Jacinthe descend. Il fait nuit. La petite fille trottine sur le quai. Elle passe le portillon où l'employé de service la salue comme une vieille habituée. Au-delà de la gare, une avenue peu animée, mal éclairée. Presque la campagne qui contraste avec les grands immeubles modernes, les chantiers encore inachevés où se construit une cité de demain. Le gangster s'approche de la petite fille.

A peine Jacinthe a-t-elle fait trois pas hors de la gare qu'une silhouette se penche vers elle et l'embrasse. C'est sa mère qui est venue à sa rencontre.

Lulu est contrarié. Néanmoins, il suit toujours. Et même, il remet ses gants. Il marche sans bruit sur ses semelles crêpe, alors que les talons de la jeune femme résonnent.

Jacinthe et sa mère sont arrivées à la hauteur d'un chantier dressé dans un terrain vague. Elles ralentissent le pas. Elles se retournent; le bandit se cache. Elles pénètrent dans le chantier; Lulu s'approche un peu plus.

Une immense silhouette surgit, barrant le chemin à Jacinthe et à sa mère. Jacinthe pousse un cri, tandis que la silhouette la prend dans ses bras. Terrifié, Lulu entend la petite fille dire :

"Oh ! Papa chéri, tu m'as fait peur!" Pour ce soir, Lulu doit se contenter de noter l'adresse de l'enfant.

En attendant, bredouille, il retourne à l'Oiseau de Feu où il a la désagréable surprise de retrouver le commissaire Boudot. Il commence à devenir gênant celui-là, mais Moralès par téléphone a réussi à prévenir ses associés américains. Le plan a subi quelques bouleversements, mais tout le trésor est parti. En attendant l'arrivée de Stéphane, il faut que Black Jack (c'est le grand chef américain) redouble d'attention au débarquement de l'Opéra. Tout est entre les mains d'Olympe Desbois. Elle se promène au nez et à la barbe de la police, navigue au-dessus de l'Océan chargée sans le savoir des plus beaux diamants du monde.

A surveiller sans relâche, à suivre pas à pas. Mais ne rien faire avant l'arrivée de Stéphane. Plus que jamais, il est le seul à pouvoir opérer sans trop de risques, à refaire à l'inverse là-bas la substitution exécutée à Paris. La police est sur les dents. La moindre imprudence pourrait ruiner le plan. Donc du calme, du sang-froid, se tenir prêt à tout. Ouvrir l'œil.

"O.K." a répondu Black Jack qui sait comprendre entre les mots.

Ouvrir l'œil ! O.K.

Black Jack s'est armé d'une paire de jumelles pour surveiller l'arrivée du corps de ballet à Dorval.

Dorval est l'aéroport de Montréal comme Orly est celui de Paris. Mister Black Jack est un gangster de première classe, belle allure et vilains sentiments.

L'avion qui transporte le corps de ballet se pose, s'arrête devant l'aérogare. Bousculade des photographes et de la presse. Une délégation officielle accueille le corps de ballet. Micros, caméras, bouquets pour les vedettes. La réception est des plus amicales. L'apparition de Coppélia provoque la curiosité générale et l'amusement. Portée de bras en bras, Coppélia à son tour descend la passerelle. Les photographes s'en donnent à cœur joie. Olympe sourit, les bras chargés de fleurs et du coffret à bijoux.

Au loin, Black Jack contemple d'un air rêveur la belle poupée qui lui arrive de France. A son cou et sur sa tête étincellent des fragments du trésor, et dans les bras d'Olympe, le coffret qui recèle en ce moment des joyaux dignes de la reine de Saba.

Tendant ses jumelles à ses lieutenants, il leur désigne Olympe qui, malgré elle, va être mêlée à leurs agissements. Lui se charge de la surveillance attentive de la belle danseuse-étoile et de son précieux coffret. Puisqu'elle va à l'hôtel, il y va.

Power se charge de Coppélia. Le mannequin est directement transporté de l'aéroport au théâtre, avec décors et accessoires. Mine de rien, Power va suivre le transfert. Quant à Diego, il va attendre le prochain avion par lequel doit arriver Stéphane.

Ainsi les gangsters se partagent la besogne. Le trésor est là à leur portée.

Encore un peu de patience ; le plus dur semble fait. Mais ils ignorent ce qui risque de tout compromettre : c'est que des bribes du trésor sont restées à Paris et qu'elles sont encore entre les mains des enfants.

Moralès s'en occupe. Il a ordonné à Lulu de suivre lui aussi… Par tous les moyens il faut reprendre les bijoux avant que Jacinthe et Bicou ne les rapportent à l'Opéra. Ce serait trop fort, si des voleurs chevronnés ne pouvaient venir à bout d'une petite fille et d'un petit garçon !

Et, dès le lendemain, à Savigny-sur-Orge, une voiture se range devant la maison de Jacinthe. Dans la voiture, deux hommes : Moralès et Lulu, embusqués derrière le pare-brise. Cette fois, le patron en personne s'est dérangé.

Les gangsters surveillent l'immeuble. Le père de Jacinthe, qui mesure un mètre quatre-vingts et ressemble à un champion de poids et haltères, gagne la rue sans se presser. Le père a disparu au coin de la rue.

"Alors ? On y va ? dit Lulu. Elles sont seules."

Mais Moralès réfléchit. Que Lulu reste dans la voiture ; il ne faut pas que Jacinthe le voie.

"Passe-moi l'instrument", dit-il.

Lulu lui tend une espèce de grosse valise et le patron se dirige vers l'immeuble, tandis que Lulu exécute une savante manœuvre pour se placer dans l'axe de départ et démarrer au quart de tour au moment voulu.

Jacinthe est prête à partir pour l'Opéra. Elle termine son petit déjeuner. On sonne. Sa mère va ouvrir et se trouve face à Moralès qui se présente comme un démonstrateur d'appareils ménagers.

La jeune femme voudrait l'éviter, mais Moralès est volubile, il a l'air si serviable ! Déjà, l'aspirateur est en route : une merveille, et d'une conception vraiment révolutionnaire. Si le représentant se présente si tôt, c'est pour faire une véritable démonstration aux charmantes ménagères et aux jolies petites filles qui vont s'en aller à l'école. Moralès voit les bijoux posés à côté des croissants et du café au lait… Il promène son instrument avec une grande dextérité, et la mère de Jacinthe finit par admirer le travail : elle en parlera à son mari ! Moralès dégage un nouvel élément de l'appareil et jette sa housse au hasard ! Le hasard vise bien car la housse se pose sur les bijoux !

Mais des coups de klaxon retentissent.

"C'est M. Berger ! s'écrie Jacinthe. Au revoir, maman, au revoir, monsieur."

L'escalier est descendu quatre à quatre. Tout excitée, Jacinthe s'installe dans la voiture. Soudain, elle redescend et crie :

"Maman ! M'man, le collier !… Je l'ai oublié sur la table."

L'objet descend par la voie des airs, enveloppé comme un balluchon.

"N'oubliez pas de le rendre à l'Opéra. Au revoir, les enfants !" crie la maman en se penchant par la fenêtre.

Dès que Jacinthe est partie, Moralès interrompt sa démonstration. Pêle-mêle, il remballe son appareil. Furieux, il dégringole les escaliers et gagne la rue, sans demander son reste.

A voir l'allure du chef, Lulu croit que le coup a réussi. A peine celui-ci est-il assis à côté de lui qu'il démarre sur les chapeaux de roues, comme si Moralès venait de vider la Banque de France. Les pneus crissent, les freins grincent; Lulu effectue un démarrage si foudroyant que la DS semble avancer par bonds. Mais Moralès le calme en lui disant :

"Doucement, idiot. Les bijoux sont partis avec les mômes. Dans une heure, ils seront à l'Opéra. Suivons-les."

A Paris, comme à Montréal, la chasse au trésor recommence.


Feuillette la suite du Trésor des Hollandais !

Aurélie Dauvin © En ré Créations.

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