La Danse en Ré Créations - Arabesques

Claude Bessy Présente Les Ballets Classiques de [Sa] Vie

Dans un ouvrage illustré, la danseuse étoile, et qui fut ensuite directrice de l’école de Danse du Ballet de l’Opéra de Paris, Claude Bessy Présente Les Ballets Classiques de sa vie

Lorsqu'un passage du livre[t] est ajouté, il prend sa place dans le cours "de [l']histoire" ; les pages ne se suivent pas toujours au fil des scènes. Tu parcourras donc cette page avec rigueur !

Giselle

Giselle est le plus célèbre des ballets romantiques ; il fut créé en 1841.
Comme toutes les danseuses, Claude Bessy voulut "danser Giselle"…

[…]

Claude Bessy et Serge Lifar
Claude Bessy et Serge Lifar

La version de Serge Lifar

Mort de Giselle
Mort de Giselle

L'histoire de ce ballet, [de Giselle] pour moi, commence avec la version de Serge Lifar, qui a repris Giselle en accentuant le rôle du prince.

Lifar m'a beaucoup appris sur la psychologie du personnage de Giselle. Dans le premier acte, c'est une petite paysanne charmante et drôle, qui danse tout le temps et tombe amoureuse d'un homme sans savoir qu'il s'agit du prince. Ce qui plait au prince, chez elle, c'est sa fraîcheur et sa spontanéité, qui contrastent avec la personnalité de sa fiancée, une jeune fille issue d'une grande aristocratie.

Lifar a organisé un concours pour trouver La Giselle de ses rêves. Il cherchait la danseuse qui incarnerait le mieux la paysanne. Pour lui, le personnage crucial du ballet, c'est Giselle au premier acte. Dans le second acte, elle devient un être éthéré, un autre personnage en quelque sorte. Théâtralement, cependant, la scène de la folie est la plus importante.

Lycette Darsonval, une belle et grande blonde, correspondait bien au rôle de la paysanne, même s'il est évidant que pour le second acte il faut un être aérien, irréel : une morte se matérialise en fantôme. Mais étant donné qu'aux yeux de Lifar le personnage important était celui du premier acte et que, dans la scène de la folie, Lycette Darsonval avait ému le jury du concours, elle a remporté le rôle.

"Il faut danser Giselle !"

Evidemment, lorsque j'ai voulu danser Giselle, j'ai eu a affronté beaucoup de réticences autour de moi. J'étais trop belle, trop "femme", et on envisageait mal ma performance du second acte. Pourtant, ayant interprété plusieurs rôles de ce ballet depuis mon plus jeune âge, je le connaissais fort bien. J'avais figuré d'abord comme page dans le premier acte, puis comme vendangeur, puis enfin comme petite amie. J'ai dû assister à des centaines de représentations de Giselle ! Ce qui m'a permis de connaître les différentes interprétations et les progressions de ce rôle. D'ailleurs, lorsque j'ai pu danser Giselle, j'ai travaillé avec Lycette Darsonval la fameuse scène de la folie. Si le premier acte était vraiment "dans mes cordes", surtout sur le plan de la comédie et du drame, pour le second, en revanche, il a fallu que je me glisse dans la peau d'un personnage plus éthéré. Pour ce faire, je me suis beaucoup inspirée d'Yvette Chauviré. Car l'idéal, comme disait Lifar, c'était Darsonval au premier acte, Chauviré au second. Mais les danseuses étoiles n'acceptaient pas de partager le rôle, bien sûr ! C'était tout ou rien.

J'ai eu beaucoup de difficultés à faire admettre que je pouvais danser Giselle.

Lifar m'a encouragée : pour lui, Giselle était un personnage clé, la consécration de la carrière de la danseuse étoile. Mais il n'était plus à l'Opéra lorsque j'ai pu danser Giselle, et j'ai mené une lutte effrénée pour arriver à mes fins.

Claude Bessy : Claude Bessy Présente Les Ballets Classiques de Sa Vie, octobre 2009

Casse-noisette

Elle raconte Casse-noisette et son souvenir de la version de MichelRayne, qu’elle dansa à l’Opéra Comique. Et c’est l’occasion aussi de lire quelques lignes de l’histoire de ce théâtre…

Entrée en scène…
Claude Bessy dans le rôle de la Fée Dragée
dans la version de Casse-noisette de MichelRayne

Casse-noisette

A l’époque où j’ai interprété Casse-noisette, en 1965, les étoiles dansaient aussi bien à l’Opéra Comique qu’à l’Opéra. Georges Hirsch avait réformé le corps de ballet à l’Opéra Comique. J’ai beaucoup dansé dans ce théâtre. […] C’est un théâtre agréable pour les danseurs. Grâce à sa petite taille (par rapport à l’Opéra), nous sommes très proches du public, ce qui crée un contact formidable. L’inconvénient, c’est qu’il n’y a pas d’espace de dégagement, on ne peut pas avoir de coulisse, ni de grands décors en place. Ce qui nécessite un chariotage important, parce qu’il faut enlever tous les décors le soir pour remettre ceux du spectacle différent du lendemain.

Tous les danseurs sortaient alors de l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris, certains avaient intégré le ballet de l’Opéra, d’autres le ballet de l’Opéra Comique.

L’administration des deux Opéras était commune, et les difficultés de gestions ont vu le jour. Des rumeurs se sont mises à circuler sur une fermeture possible de l’Opéra Comique. Alors Michel Rayne est Gérard Mulis, maîtres de ballet de l’époque, ont demandé aux étoiles célèbres, dont moi-même et Claire Motte, de faire leur maximum, de venir danser le plus grand de pas de deux possible, pour faire vivre le ballet et éviter que l’Opéra Comique ne ferme. L’objectif principal était de sauver les danseurs. Pour redonner vie au ballet et faire revenir le public vers la danse, Michel Rayne a décidé de remonter Casse-noisette. Il était assisté par Pierre Rallis, qui l’aidait sur l’histoire et les personnages. Les parents étaient représentés par d’immenses marionnettes. Les enfants, à l’époque, étaient joués par quelques élèves de l’Ecole, mais aussi par des danseurs de l’Opéra Comique. L’effet était formidable…. Et le succès fut au rendez-vous ! Le décor et les costumes étaient signés Daniel Louradour.

Je dansais la fée, qui intervient au dernier acte pour le grand pas de deux final. J’arrivais d’en haut, depuis les cintres, et je descendais sur scène sur un trapèze. Je montais là haut avant l’entracte, je restais debout sur la nacelle du trapèze pendant une vingtaine de minutes, si bien que quand je posais les pieds sur scène, j’avais perdu les bienfaits de mon échauffement ! Du fait de la configuration de la scène, il n’y avait pas d’autre moyen que de se placer avant le lever de rideau.

Nous avons dansé ce ballet pendant deux ans en faisant salle comble. Et c’est ce qui a sauvé le corps de ballet pendant quatre ou cinq ans. En effet, quand l’Opéra Comique a finalement fermé, tous les danseurs ont été replacés à l’Opéra en conservant leur grade, les premiers danseurs comme les sujets. Les musiciens ont également été intégrés à l’Opéra, mais pas les machinistes ni le personnel technique, sauf exception. Quelques uns sont restés à l’Opéra Comique. Beaucoup ont été mis à la retraite. La suite de la vie de l’Opéra Comique fut riche en péripéties. Mais les danseurs gardent un très bon souvenir de ce théâtre.

Claude Bessy : Claude Bessy Présente Les Ballets Classiques de Sa Vie, octobre 2009

Daphnis et Chloé

Du début de sa carrière à un accident et à sa "sortie de scène", Claude Bessy interpréta le rôle de Cloé ; de création[s] en adieux et en transmission, elle se souvient.

Duo
Claude Bessy et Attilio Labis

Daphnis et Chloé

Duo Duo
Claude Bessy et George Skibine

La version de Serge Lifar

[…]

C’est Lifar qui, le premier, a demandé à Chagall de réaliser les décors de Daphnis et Chloé qui devait se donner dans le cadre de l’Exposition universelle de Bruxelles, en 1958. J’ai quitté la Russie pour Paris afin de répéter et préparer le rôle de Chloé avec mon partenaire pour cette première, Peter Van Dijk. Mais, disons les choses comme elles sont, elle ne rencontra pas le succès. Lifar avait en effet monté ce ballet à toute vitesse, sans réel travail de recherche. La plupart des danseurs étaient encore à Moscou et, d’un point de vue chorégraphique, il n’avait pas pris les choses à cœur. Nous avons donné Daphnis une fois à Bruxelles, et Georges Hirsch, le directeur de l’Opéra de l’époque, a exigé que ce spectacle soit interrompu pour être retravaillé. Autant vous dire que Serge Lifar a très mal vécu les choses.

Puis, je suis partie aux Etats-Unis et, à mon retour, George Skibine avait été nommé à la place de Serge Lifar. Il a remonté et repris Daphnis, avec les décors et les costumes de Chagall prévus par Lifar, mais avec sa propre chorégraphie, qui a fait le succès de Daphnis et Chloé.

Et c’est ce ballet là que j’ai repris après mon accident. Il m’a permis de revenir sur scène après huit mois d’arrêt, trois mois de rééducation.

Duo
Marc Chagall et George Skibine

Après l’accident, la renaissance avec Daphnis et Chloé

Le ballet qui était fait pour moi, qui avait été réglé sur mes qualités, celui que je pouvais interpréter le plus facilement après mon accident, c’était Daphnis. Ça a été un renouveau, une renaissance tout à fait extraordinaire.

Au tout début du ballet, je suis allongée par terre. Je me lève doucement et, dès les premiers pas, je fais un grand saut. Tout de suite, la salle s’est levée et s’est mise à applaudir. Dès lors, mon angoisse était partie, j’ai pu danser sans me rendre compte si j’avais mal ou pas, si c’était bien ou pas. La salle entière me portait, j’ai ressenti quelque chose de prodigieux.

[…]

Daphnis et Chloé à l’Ecole de l’Opéra de Paris

Plus tard, j’ai remonté Daphnis pour l’Ecole de l’Opéra de Paris. Jusqu’à la fin de ma carrière, je l’ai dansé. D’ailleurs, le jour de mes adieux, je l’ai dansé également !

Les enfants aimaient ce ballet, parce qu’on y trouve toute une galerie de rôles intéressants : Lycéion, une jeune femme en maillot académique, qui interprète une danse lascive, sexy, pour essayer de séduire Daphnis ; le bandit qui enlève Chloé ; les dix bandits – ce qui donne lieu à une séquence très importante pour les garçons ; les Trois Grâces qui aident Daphnis à retrouver Chloé ; les paysans ; Dorcon, qui est amoureux de Chloé et qui veut à tout pris se disputer avec Daphnis…

Un répertoire précieux

On ne donne plus ce ballet aujourd’hui, alors que c’est l’un des plus réussi du point de vue chorégraphique. Actuellement, on danse du Marius Petipa, avec tout ce qu’a remonté Noureev, ou du contemporain. Peut-être que Daphnis donnera bientôt lieu à une relecture… Mais il faudrait veiller à ne pas perdre toutes ces grandes chorégraphies néoclassiques de l’époque de Lifar, Skibine ou Descombey. C’est un répertoire précieux. Je suis heureuse d’avoir remonté quelques uns de ces grands ballets pour l’Ecole. Tout à été filmé, si bien qu’il existe des documents pour ceux qui voudraient s’y replonger un jour.

Claude Bessy : Claude Bessy Présente Les Ballets Classiques de Sa Vie, octobre 2009

La Fille Mal Gardée

Claude Bessy fut La Fille Mal Gardée, un ballet qu'elle "choisit" pour elle - en Lison -, et puis - en Mère - pour les élèves de l'Ecole de Danse de l'Opéra de Paris.

La Fille

Ballet pantomime en un acte et trois tableaux de Jean Dauberval. Musique de Ferdinand Hérold. Création de Claude Bessy pour le spectacle de l'Ecole de danse en 1985, version d'après Dimitri Romanoff.

La Fille

Lison et Colas sont très amoureux l'un de l'autre, mais la mère de la jeune fille la destine au fils des voisins et leur interdit toute relation. L'espiègle Lison ne cesse de tromper sa surveillance pour courir dans les bras de Colas.

Un beau jour, la mère enferme les jeunes tourtereaux par mégarde, croyant Lison seule dans la grange. Les jeunes gens, forts satisfaits de la situation, se laissent volontiers emprisonner.

Quelques heures plus tard, la mère s'aperçoit de son erreur et consent par là même à leur union. Les noces sont célébrées peu de temps après, dans la liesse générale.

La Fille

La version de Dimitri Romanoff

J'avais vu La Fille Mal Gardée à New York en 1967, monté par Dimitri Romanov, avec l'American Ballet Theatre, Natalia Makarova interprétant le rôle de Lison. A cette occasion, j'y ai rencontré Georges Hirsch fils. Il avait une société de production, "Rayonnement de théâtre", qui s'occupait de spectacles de ballet, de chants et d'autres activités diverses et variées. Il travaillait alors sur un projet avec le Ballet royal de Wallonie de Charleroi (appelé depuis 1991 Charleroi/Dances). C'était à l'époque de mes dernières années à l'Opéra, dans les années 1970, et je ne dansais plus beaucoup. Comme il me demandait ce que j'aimerais monter et danser, j'ai répondu sans hésiter La Fille Mal Gardée. D'une part, le caractère comique du ballet me plaisait, et d'autre part, j'étais absolument séduite par le personnage de la jeune fille au caractère difficile ! Avec mon partenaire Michaël Denard, danseur étoile de l'Opéra de grand talent, je suis donc partie en tournée en Belgique et en province. Nous nous produisions dans trois ou quatre villes belges, puis nous revenions honorer nos contrats à l'Opéra de Paris. Cela a duré environ un an.

La Fille

La version de Claude Bessy

J'ai adapté La Fille Mal Gardée pour les élèves de l'Ecole de l'Opéra en 1985, mais j'ai dû faire des coupures. En effet, comme dans tous les anciens ballets, des divertissements émaillaient le déroulement de l'histoire. Pour les enfants, c'était formidable parce qu'il y avait de nombreux personnages à jouer : la mère, les marieuses, les petites amies, etc. C'était chorégraphique et théâtral à la fois. Les élèves étaient contents de danser avec la directrice et la directrice avec eux.

[…]

Claude Bessy : Claude Bessy Présente Les Ballets Classiques de Sa Vie, octobre 2009

Aurélie Dauvin © En ré Créations.

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