La Danse en Ré Créations - Arabesques - Divertissements

Collectif, Mes 15 plus Belles Histoires de Danse

Florilège présenté par Agnès Letestu, Danseuse Etoile du Ballet de l'Opéra de Paris - tourbillons comme [au] manège - : ces regards poétiques dans le miroir des contes des ballets, et des légendes des destinées dansées…

Lorsqu'un passage du livre[t] est ajouté, il prend sa place dans le cours "de [l']histoire" ; les pages ne se suivent pas toujours au fil des scènes. Tu parcourras donc cette page avec rigueur !

Le Lac des Cygnes

Audrey Alwett raconte la première histoire : celle d'Odile et du Prince Siegfried - d'après le ballet de Piotr Ilitch Tchaïkovski - ; Alexandra Petracchi dessine Le Lac des Cygnes.

Le Lac des Cygnes

C’était une bien belle arbalète, idéale pour aller chasser. Sa mère venait de la lui offrir, mais Siegfried ne parvenait pas à se réjouir. Jusqu’ici, son anniversaire s’était déroulé dans un faste princier, ce qui était la moindre des choses puisque Siegfried était prince. On avait mangé et dansé toute la journée. Tout s’était déroulé dans la bonne humeur, jusqu’à ce que la reine vienne le voir :

- Heureux anniversaire, O mon fils. J’espère que cette fête est selon ton goût. Y as-tu fait la connaissance de quelque charmante héritière ? Je te rappelle que tu devras choisir une fiancée lors du bal qui sera donné demain en ton honneur, car j’entends bien te marier au plus vite !

Or, Siegfried n’avait pas du tout envie d’épouser la première princesse venue et le discours de sa mère lui gâchait la fête.

Le soleil couchant avait peint le ciel en or, il ferait bientôt nuit. Soudain, un frisson fit trembler les airs. Siegfried leva la tête. C’était un vol de cygnes qui fendaient les nuages de leurs longues ailes blanches. Siegfried caressa son arbalète.

- Après tout, se dit-il, puisque demain je serai prisonnier - car c’est ainsi qu’il imaginait son mariage - autant profiter de ma dernière nuit de liberté !

Et sans prévenir personne, il s’en alla vers la forêt. Les cygnes se poseraient certainement sur le lac pour dormir. Il leur tendrait une embuscade.

La lune s’arrondissait et les étoiles s’allumaient, comme autant de paillettes sur la robe noire du ciel. Les chouettes hululaient timidement pour saluer la fin du jour et Siegfried se déplaçait à pas de loup dans les roseaux. Son arbalète était chargée.

- Si j’abats un cygne cette nuit, songeait-il, j’offrirais une cape de plumes à ma mère.

Tout à coup, un puissant froufrou se fit entendre. Les cygnes arrivaient ! Ailes déployées, ils se posèrent sur le lac, puis glissèrent sur le miroir d’eau jusqu’à la berge. Siegfried brandit son arbalète et visa le cygne le plus blanc, le plus gracieux, le plus majestueux.

Il allait tirer, quand l’oiseau s’ébroua. Son plumage fit jaillir une brume scintillante de gouttelettes d’eau et la bouche de Siegfried forma un large O : à la place de l’oiseau, une magnifique demoiselle était apparue. Et elle n’était pas la seule ! Tous les autres cygnes s’étaient eux aussi métamorphosés en jeunes filles. Elles étaient vêtues de blanc et portaient des parures de plumes.

Le Lac des Cygnes

Le Lac des Cygnes

Le prince sortit de sa cachette et les interpela :

- Mesdemoiselles ?

Effrayées, elles esquissèrent un mouvement de recul, mais bien vite, les belles manières de Siegfried les rassurèrent. L’une d’elles portait un diadème de diamants et semblait être leur reine. Le prince reconnut en elle le cygne qu’il avait failli abattre. Il mit un genou en terre.

- Je m’appelle Siegfried, dit-il. Et vous, qui êtes-vous, belles dames ? Seriez-vous des anges égarés ?

La demoiselle au diadème eut un sourire triste.

- Des anges ? Hélas, non ! Je m’appelle Odette et telles que vous nous voyez, nous sommes toutes prisonnières du sorcier Rothbart. Pour nous garder sous son emprise, il nous a jeté un sort : chaque matin nous nous changeons en cygnes, et il n’y a que la nuit que nous retrouvons notre apparence humaine.

- C’est terrible ! Mais cette malédiction ne peut-elle être rompue ?

- Ce serait difficile, souffla Odette tout bas, comme si elle craignait d’être entendue. Seul l’amour pur et sincère d’un homme nous délivrerait de notre triste condition...

Alors qu’elle prononçait ces paroles, les étoiles du ciel s’éteignirent et un vent mauvais manqua d’arracher les parures de plumes des jeunes filles.

- Oh non, s’exclama Odette avec angoisse. Il arrive ! Rothbart arrive ! Fuyez avant d’être maudit à votre tour, Siegfried, car c’est un sorcier horrible !

Cependant, le prince considérait qu’il était sur ses terres et que ce n’était sûrement pas à lui de déguerpir. Ce fut donc avec un certain mépris qu’il vit le noir enchanteur se matérialiser sous son nez. Il y avait pourtant de quoi trembler, car le visage de Rothbart semblait sculpté dans les ténèbres et partout où son regard se posait, la lumière fuyait.

- Qui ose s’approcher de mes créatures ? gronda-t-il. Ces jeunes filles sont à moi !

- Et qui ose s’aventurer sur mes terres ? répliqua le prince. Ce lac est à moi !

Outré par tant d’insolence, le sorcier allait jeter un sort au prince, quand Siegfried dégaina son arbalète et -TCHAC ! - tira sur Rothbart. Ce dernier eut juste le temps de disparaître dans un tourbillon glacial avant d’être frappé par le carreau.

- Vous l’avez fait fuir !

Odette était stupéfaite.

- Oui, mais il pourrait revenir. Je ferais mieux de rester à vos côtés, ce serait plus sûr.

Le Lac des Cygnes

Le Lac des Cygnes

Bien sûr, c’était un prétexte, car Siegfried n’avait pas du tout envie de partir. Il trouvait Odette bien trop charmante.

Ils discutèrent longuement sous la lune. Soudain, la corde d’un violon se fit entendre. Peut-être un musicien invité pour l’anniversaire du prince s’était-il perdu dans la forêt ? En tout cas, la mélodie était si douce que Siegfried tendit la main à Odette pour l’inviter à danser. Alors, la magie se mit sans doute de la partie, car toute la nuit, ils dansèrent le plus doux des ballets. Leurs merveilleuses arabesques se reflétaient dans les eaux bleues du lac. Odette était plus légère qu’un nuage et Siegfried la faisait tournoyer dans ses bras avec une grâce infinie.

Ce fut le chant des oiseaux qui les interrompit : l’aurore approchait à pas feutrés. Siegfried réalisa que les secondes leur étaient comptées.

- Je vous aime, dit-il soudain à Odette.

Mais déjà, des plumes blanches poussaient sur la peau de son aimée. Juste avant qu’elle ne redevienne un cygne, Siegfried lui cria :

- Venez au bal du palais la nuit prochaine ! Nous danserons à nouveau ensemble et je vous choisirai comme fiancée, ainsi la malédiction sera levée !

Il prononça ces derniers mots devant un bel oiseau blanc qui, pour toute réponse, s’envola. Autour du lac, les jeunes filles qui étaient redevenues des cygnes en firent autant, mais le prince n’en avait cure. La nuit prochaine, il briserait le sortilège et Odette resterait à ses côtés pour toujours.

Heureux, il rentra au palais. Il était tant à son bonheur, qu’en abandonnant les rives du lac, il n’entendit pas les roseaux qui murmuraient d’une voix froide et grave :

- Tu me le paieras Prince Siegfried, je te jure que tu me le paieras !

Le lendemain soir, la reine avait insisté pour ouvrir les portes du bal de bonne heure. A présent, elle s'en mordait les doigts, car jusqu'ici, son fils avait refusé de danser avec chacune des prétendantes aux fiançailles.

- tu pourrais faire un effort ! S’agaçait-elle.

- J'attends quelqu'un, lui répondait Siegfried.

Tout à coup, un mystérieux chevalier se fit annoncer avec sa fille. Quand il les vit, le prince n'en crut pas ses yeux. La jeune fille au bras du chevalier n'était autre qu'Odette ! Curieusement, elle était vêtue d'une robe de plumes noires, mais c'était bien elle ! Siegfried courut à sa rencontre.

- Mademoiselle, puis-je vous inviter à danser ? demanda-t-il avec un clin d'œil.

Odette eut un sourire énigmatique et le suivit. Toute la cour s'arrêta pour les contempler. Une question courait sur les lèvres :

- Qui est donc cette ravissante étrangère vêtue de noir qui danse avec le prince ?

De son côté, Siegfried était un peu surpris par la façon dont dansait sa partenaire. Alors qu'elle s'était montrée si douce la nuit dernière, elle était devenue brutale. Fi des arabesques ! Odette enchaînait les fouettés et les battements ! Elle était devenue violente, presque enragée. Lors d'un porté, elle le griffa même.

Cependant, elle restait majestueuse, il fallait le reconnaître. Siegfried gardait un tel souvenir de la nuit précédente, qu'il n'allait pas tout gâcher sur un pressentiment. Peut-être sa bien-aimée était-elle impressionnée par tout ce monde ?

Lorsque leur pas de deux s'acheva, il mena Odette devant sa mère, et devant la cour réunie, déclara :

- Mère, voici la femme que j'aime de tout mon cœur et que je souhaite épouser.

On entendit alors un grand cri. Siegfried tourna la tête et écarquilla les yeux, surpris : une autre Odette, vêtue de blanc celle-ci, venait de franchir les portes de la salle. Son visage ruisselait de larmes.

- Oh, Siegfried, comment avez-vous pu me trahir ?

Et elle s’enfuit en courant. Alors, la noire Odette fit rouler dans sa gorge un long rire cruel.

- Comme tu es naïf, petit prince ! Je ne suis pas Odette, mais Odile, la fille de l’enchanteur noir. Tu peux dire adieu à ta bien-aimée ! Grace à toi, elle gardera son plumage de cygne pour l'éternité !

Le chevalier inconnu, qui n'était autre que le sorcier Rothbart, enveloppa alors sa fille dans son manteau de ténèbres. Dans un éclair, ils disparurent et seul l’écho de leur rire persista après leur départ.

Le Lac des Cygnes

Siegfried était horrifié. Qu’avait-il fait ? Par sa faute, Odette était condamnée ! Sans un mot, il quitta le bal et courut vers le lac des cygnes. Il fit aussi vite que possible.

Hélas ! En arrivant, il comprit immédiatement qu’il était trop tard. De désespoir, Odette s’était jetée dans le lac. Des milliers de plumes blanches flottaient à la surface en guise de linceul. Sur la berge, toutes ses compagnes pleuraient, et leurs larmes venaient grossir les eaux du lac.

- NOOOOOON ! hurla Siegfried.

Mais Odette était bel et bien morte, et rien ne pourrait la ramener.

- Je n’ai désormais plus rien à attendre de la vie, songea le prince et, fou d’amour, il se noya à son tour.

Le sorcier Rothbart apparut alors pour hurler sa victoire. Mais à ce moment précis, le jour se leva et le cri du sorcier s’étouffa dans sa gorge. Au-dessus du lac, les deux âmes de Siegfried et d’Odette tournoyaient. Leur amour était si puissant qu’il les avait réunis au-delà de la mort.

Odette se tourna vers ses compagnes et leur fit un signe. C’est alors que celles-ci s’aperçurent qu’elles étaient restées des jeunes filles malgré l’apparition du soleil. Par son sacrifice, Odette les avait libérées.

Les deux esprits s’enlacèrent et s’envolèrent vers un pays où ils purent s’aimer pour l’éternité. Et dans l’aurore naissante, seul pleurait le noir sorcier dont les pouvoirs avaient été brisés.

Le Lac des Cygnes

Audrey Alwett : "Le Lac des Cygnes", in Mes 15 plus Belles Histoires de Danse, Editions Hachette Jeunesse - octobre 2012
Illustrations : Alexandra Petracchi

Aurélie Dauvin © En ré Créations.

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