La Danse en Ré Créations - Rencontre avec Claudine Colozzi et Elsa Oriol

On feuillette une histoire "sur la danse" En ré Créations avec l'auteure et l'illustratrice d'Une Danseuse ne Porte pas de Lunettes !

Marie a rencontré Claudine Colozzi et Elsa Oriol : elles racontent leur "aventure" ; leur "duo" sur les pages de l'album [jeunesse] paru aux Editions Kaléidoscope !

Une Danseuse ne Porte pas de Lunettes

Marie : Bonjour à toutes les deux !
Claudine, je suis tellement heureuse de vous retrouver pour une nouvelle Rencontre ! J'ai un si beau souvenir de notre première Rencontre "avec" L’Encyclo de La Danseuse
Elsa, on ne se connaît pas. Je sais seulement que vous avez illustré Une Danseuse ne Porte pas de Lunettes ; le texte de Mme Colozzi…

Vous avez toujours fait ce métier ?

Elsa Oriol : Non… Mon tout premier métier, c'était architecte d'intérieur…

J'ai travaillé une douzaine d'années dans ce domaine que j'ai absolument adoré. Il y avait un côté très technique et l'art me manquait : avoir les mains dans la peinture… Je peignais pour mon plaisir et petit à petit, j'ai voulu aller plus loin que mon plaisir… Je me suis éloignée petit à petit de l'architecture pour me rapprocher de la peinture ; j'ai fait une formation dans les Ateliers de la Fédération Compagnonnique - La formation des Compagnons… Cette formation ancestral des bâtisseurs de cathédrales… dans le respect de la tradition et des matières - ; je me suis formée là en peinture décorative ; on m'a appris toutes les techniques "à l'ancienne"… J'ai toujours adoré la peinture à l'huile, et là j'ai appris… On m'a appris le trompe l'œil, à faire des patines et des matières - des faux bois, des faux marbres -, des fresques… Plein de choses qui m'ont ouvert les portes de la peinture.

Je me suis définitivement lancée dans la peinture, abandonnant l'architecture, et c'est la peinture qui m'a amenée à l'illustration. Voilà le chemin !

Marie : Qu'est-ce que le métier d'illustratrice ?

Elsa Oriol : Quand je rencontre des enfants comme toi, je leur explique que "c'est mettre les mots en images".

Marie : Vous faites les illustrations avec des crayons, de la peinture… ?

Atelier
L'atelier d'Elsa Oriol

Elsa Oriol : Mes illustrations sont à la peinture à l'huile. J'aime particulièrement cette technique lente au séchage, et qui me permet des effets de matière assez riches. J'utilise pinceaux et couteaux avec lesquels je superpose les couleurs, et parfois des touches de crayons viennent se mêler à la peinture.

Marie : Et à chaque fois il y a une histoire écrite et que vous illustrez ? Il n'y a jamais eu d'histoire que vous avez dessinée directement "sans les mots" ?

Elsa Oriol : Il m'est arrivé de dessiner des petits personnages comme ça, dans le cadre de mon travail en peinture, et on m'a déjà dit "ah mais tu devrais développer ce petit personnage dans une histoire", mais je n'ai jamais réussi à le faire vraiment.

Ce que j'aime, c'est me plonger dans un texte, et le texte m'apporte des images. Les images se mettent en place dans ma tête à la lecture du texte…

Il m'est arrivé à moi aussi d'écrire, mais très très peu ; je ne me considère pas comme auteur… J'ai fait un peu plus d'une vingtaine de livres et… Je n'en ai écrit que 3… Pourtant, je trouve ça très agréable d'écrire un livre, de créer ses propres personnages qu'on illustre…

Pour en revenir à Une Danseuse ne Porte pas de Lunettes, c'est un plaisir pour moi de recevoir le livre d'un auteur, et de me plonger dedans, et de laisser venir les images dans ma tête.

Marie : Ah tient, ça me rappelle ce que vous m'aviez dit, Claudine, quand nous nous sommes rencontrées la première fois … Vous m'aviez expliqué que vous étiez journaliste et qu'"Ecrivain, c'est un autre métier"… Mais vous avez, cette fois, écrit un album ! Ce n'est plus de la recherche ou de la sélection comme pour L’Encyclo ; il faut de l'imagination pour écrire les textes d'un album ! Il faut écrire autrement que dans un article de journal !

Claudine Colozzi : je suis toujours journaliste ; j'écris sur la danse, mais aussi sur d'autres thématiques, et L’Encyclo de La Danseuse, c'était plutôt pour moi un livre documentaire qui s'apparentait à un travail journalistique…

Ecrire un livre de fiction, un album jeunesse, je me disais que ce n'était pas vraiment "dans mes cordes", et puis, un jour, Isabel Finkenstaedt, la directrice éditoriale de la maison d'édition Kaléidoscope me dit : "Tu écris sur la danse, écris-moi une histoire… J'ai une illustratrice, Elsa Oriol, elle a déjà travaillé sur la danse, elle serait parfaite… Maintenant, il faut que tu imagines une histoire."

Marie : Vous m'aviez raconté alors vos premier pas dans le "monde de la danse" : les cours de danse à l'âge de 6 ans dans un conservatoire municipal avec un professeur qui s'appelait… M. Georges Golovine… !
Dans l'album Une Danseuse ne Porte pas de Lunettes, il y a ce professeur… M. Golovine. C'est votre professeur ?

Claudine Colozzi : Ah, mais tu as une bonne mémoire !

Il n'y a pas beaucoup de Golovine dans le monde de la danse… Et ceux qu'on y croise sont célèbres…

Tu as tout compris : c'est un peu autobiographique, cette histoire ! M. Golovine, le professeur de danse de Daisy, il est bien inspiré directement de mon professeur au conservatoire !

Marie : Et Daisy… ? C'est vous ?

Claudine Colozzi : Oui… Daisy, c'est moi…

Quand l'éditrice m'a demandé d'écrire une histoire, j'étais un peu désemparée… Comment on écrit une histoire ? Et comme conseil, elle m'a dit : "Quand on démarre, pour son premier livre, on va chercher, on va puiser dans ses souvenirs… Tu as fait de la danse quand tu étais enfant ; fait resurgir tes souvenirs et voit ce que cela peut donner !"

Ce qui est venu tout de suite, c'est moi, toute petite, danseuse, et cette histoire des lunettes est venue assez vite…

Marie : Dites, Elsa, vous saviez que Daisy, c'était Mme Colozzi quand elle était petite ?

Elsa Oriol : Au début, elle m'avait dit qu'elle s'inspirait d'elle, de son vécu d'enfant qui avait fait de la danse, oui…

Marie : Alors, comment avez-vous imaginé la silhouette de Daisy ?

Elsa Oriol : J'ai dû capter quelque chose de Claudine enfant… Parce qu'elle lui ressemble vraiment…

J'avais déjà croisé Claudine ; je savais qu'elle était brune, avec des cheveux un peu au carré… Alors je me suis dit que mon personnage serait une petite fille brune avec des cheveux au carré.

Daisy...

Claudine Colozzi : Il y a une image… L'image la plus étonnante : sur une double page, Daisy est en gros plan, avec ses lunettes… sa petite coupe au carré… A part le fait qu'elle a les yeux bleus - alors que je n'ai pas les yeux bleus -… Cette coiffure ! Ce visage ! C'est exactement moi enfant… C'est sidérant ! Quand j'ai vu ses dessins, je me suis dit : "mais elle m'a connue quand j'étais petite, c'est pas possible !" [Rire]

Enfance...
Claudine Colozzi enfant

Marie : Vous portiez des lunettes quand vous étiez petite ?

Claudine Colozzi : Quand j'ai commencé la danse, je n'avais pas de lunettes, - je devais avoir 5 ans -, et puis, j'ai dû porter des lunettes vers l'âge de 10 ans. Pour moi, ça a été la catastrophe : je n'aimais pas les lunettes ; je n'ai jamais aimé les lunettes et je continue à ne pas aimer en porter… Et surtout, ça a été une catastrophe parce que, tant que je prenais les cours, je gardais mes lunettes, mais le jour du spectacle est arrivé, et tout comme dans le livre, M. Golovine a été intransigeant et a dit : "tu enlèveras tes lunettes, parce que ça ne s’est jamais vu, une danseuse qui monte sur scène avec des lunettes !"

Voilà comment tout est arrivé !

Cette petite fille un petit peu désemparée, à l'idée de se retrouver dans le flou, c'est moi petite. J'étais - je suis toujours - très myope… et ça a été une angoisse de devoir danser sans lunettes, comme ça l'est pour Daisy dans le livre… Mais finalement, comme je le montre dans le livre, cette contrainte que m'a imposée mon professeur m'a poussée dans mes retranchements et finalement je m'en suis sortie.

Et puis, ce que je ne raconte pas dans le livre… C'était finalement aussi une manière d'avoir moins le trac parce que, quand on est dans une espèce de brouillard, de flou, qu'on ne voit pas le public, ça atténue un peu l'appréhension qu'on peut avoir de monter sur scène ! D’une sorte de "handicap", j'en ai fait une force !

Marie : Et vous, Elsa, vous avez porté des lunettes quand vous étiez petite ?

Elsa Oriol : J'ai eu un épisode où j'ai eu besoin de lunettes, et puis un jour je ne les ai plus supportées. On a pensé que j'avais besoin de verres plus fort, mais non ; les lunettes que j'avais portées avaient corrigé ma vue… Je n'en ai plus eu besoin, jusqu'à un âge où j'ai à nouveau besoin de lunettes…

Marie : Et vous avez fait de la danse ?

Elsa Oriol : J'aurais beaucoup aimé faire de la danse, mais les circonstances de la vie… Quand j'étais enfant, je rêvais d'être danseuse… Et puis la vie a tourné autrement ; je n'ai pas fait de danse, mais j'ai fait du dessin… Et quelque part, grâce au dessin, j'ai pu exprimer des choses que j'aurais pu exprimer en danse… On arrive toujours à faire quelque chose qui relève de notre rêve… Moi je n'ai pas dansé, mais j'ai dessiné et le dessin m'a permis d'explorer le mouvement et l'humain… Tout ce qui m'intéressait dans la danse.

Marie : Vous aviez illustré d'autres choses sur la danse ?

Elsa Oriol : Non, pas dans le cadre de livres jeunesse, mais quand j'ai commencé à peindre, j'étais fascinée par Pina Bausch - la chorégraphe allemande - et je m'inspirais beaucoup de ses ballets, des mouvements… Ce qui m'intéresse dans la peinture, c'est l'humain, le mouvement, le corps, tout ce qu'il exprime, donc la danse a été une source d'inspiration très importante…

Avec le temps, j'ai travaillé sur d'autres thématiques dans ma peinture ; j'ai beaucoup travaillé sur l'enfance, sur l'univers des bistrots - ce qui n'a rien à voir… - ; j'ai exploré plusieurs thèmes et même celui des contes, avant même de faire de l'illustration…

Et puis un jour, un homme merveilleux est entré dans ma vie ; il est dessinateur de presse… Et dans le cadre de son travail, on lui avait commandé un portrait de Pina Bausch… Il avait donc pu assister à des répétitions pour prendre des photos et pour dessiner autour de l'univers de la chorégraphe - il est un fane absolu… - et quand je l'ai rencontré, il a pu m'emmener à des répétitions !

On a assisté à plusieurs répétitions générales - celles où les photographes sont admis - et on a pu, à partir de nos photos, préparer une exposition de peintures autour de Pina Bausch. C'est te dire l'importance de la danse dans ma vie !

Danse...
""Danse [1]", peinture inspirée par Pina Bausch - in "Corps à Corps"
Par Elsa Oriol

Claudine Colozzi : Et le travail avec Pina Bausch se ressent dans les dessins de l'album !

Pages...

Marie : Vous avez donc toutes les deux une histoire qui continue de s'écrire avec la danse ; elle a commencé dans deux cours différents en quelque sorte, et puis vous vous retrouvez sur la scène… Un duo pour un album !
Comment s’est faite cette rencontre ?

Claudine Colozzi : C'est l'éditrice qui nous a mises en contact.

Elsa Oriol : Oui, c'est grâce à Isabel Finkenstaedt, des éditions Kaléidoscope ! J'ai déjà fait 17 livres avec cette maison d'édition et je suis très attachée à elle… Je voulais proposer quelque chose - j'ai oublié quoi… - et puis Isabel, m'a dit : "non, non, je pense à quelque chose pour toi : il faut que tu fasses un livre sur la danse !"…

Claudine travaille aussi avec les éditions Kaléïdoscope… Isabelle lui a demandé de m'écrire quelque chose…

Sauf que… Claudine, c'était la première fois qu'elle écrivait une fiction, et elle ne savait pas si elle y arriverait… D'autant que notre éditrice est très pointue dans ce domaine : il faut que les histoires aient un vrai sens, qu'elles aident l'enfant à grandir. L'enjeu était de taille ! Ça a pris plusieurs mois et puis… L'histoire m'est arrivée et… Elle était juste super chouette !

Claudine Colozzi : Merci… Les illustrations sont très réussies aussi !

Elsa Oriol : Quand on met les mots en images, notre grand défi, c'est plaire à l'auteur… L'auteur va-t-il bien retrouver ses personnages ?… Et là, je crois que c'est réussi !

Claudine Colozzi : Oh oui ! Ce que j'aime dans le travail d'Elsa, c'est à la fois esthétique et accessible pour un enfant !

Elle a fait un travail superbe !

Marie : Comment vous avez travaillé ensemble ?

Claudine Colozzi : Nous nous sommes rencontrées, bien sûr, mais nous avons travaillé chacune de notre côté… Moi, je lui ai envoyé le texte… Elsa a fait ses illustrations à partir de ce que lui inspirait le texte…

Sur ces illustrations, je n'ai pas eu mon mot à dire. J’ai découvert le travail terminé et je suis heureuse de cette collaboration, c'est vraiment chouette !

Elsa Oriol : On s'est bien entendues !

Et c'est une chance de travailler avec Claudine, qui est humainement quelqu'un d'extra !

Marie : Mais, Claudine, pourquoi ce prénom, Daisy ?

Claudine Colozzi : Daisy, je ne sais pas comment ce prénom est venu… Mais il me plaît bien parce que "Daisy", "Danseuse", “danse“, il y a une allitération qui sonne bien…

Marie : Il y a d'autres personnages "sortis" de la réalité ?

Claudine Colozzi : La grand-mère est inspirée de ma grand-mère, même si elle n'a jamais fait de danse ; elle a occupé une grande place dans ma vie et a été d'un grand soutien, d'un grand réconfort dans ces moments un peu difficiles que nous traversons tous à l’adolescence…

Les petites copines sont plus ou moins inspirée des miennes, sans l'être vraiment : ce côté un peu "chipie" des filles dans les cours de danse, c'est une impression qui me restait ; on n'était pas très sympa les unes envers les autres…

Mais seule l'héroïne et puis M. Golovine - qui est mort il y a deux ou trois ans… Je l'ai appris en essayant justement de retrouver sa trace - sont les seuls personnages inspirés de mon histoire personnelle.

Marie : Tous ces personnages, Elsa, vous les avez créés comment ?

Elsa Oriol : Ils sont complètement sortis de mon imagination… Je me suis documentée sur la danse, et j'ai laissé faire mon imagination.

M. Golovine...

Claudine Colozzi : D'ailleurs, M. Golovine ne ressemblait pas au personnage dessiné…

Marie : C'est amusant : les souvenirs se mélangent à l'imaginaire !
Il y a plus de vrai dans l'histoire peut-être… Par exemple, Claudine, à propos de vos lunettes, vos copines ont eu la même réaction que dans le livre… Vraiment ?

Claudine Colozzi : Oui, elles ont eu la même réaction…

Je suis très étonnée, parce qu'aujourd'hui, quand je vais voir des spectacles de - ceux où ma fille danse… Parce que tu imagines bien, ma fille fait de la danse, même si ce n'est pas de la danse classique -, ou même des spectacles auxquels elle ne participe pas, je suis très étonnée parce qu'il y a beaucoup plus de laxisme là dessus : les petites filles montent sur scène avec des lunettes…

Je n'ai pas discuté avec les professeurs de danse ; je ne sais si c'est parce qu'ils n'osent pas "affronter les parents" ou si c'est parce qu'ils ne veulent pas mettre les enfants en difficulté…

C'est amusant de voir cette évolution… A mon époque, il était hors de question qu'on porte des lunettes en scène !

J'étais la seule à porter des lunettes dans mon cours de danse, mais c'était ainsi ! Après, j'ai grandi… J’ai réussi à convaincre mes parents de porter des verres de contact, et la difficulté s'est envolée !

Marie : Mais pourquoi ce thème des lunettes… C'est bizarre dans un livre de danse…

Claudine Colozzi : Au delà de raconter cette anecdote sur les lunettes, ce qui m'intéressait, c'est de raconter qu'à un moment, dans la danse, mais ça peut être dans d'autres situations de la vie, on se retrouve confronté à un obstacle qu'on doit surmonter. On va alors puiser en soi des ressources pour ne pas lâcher, pour ne pas baisser les bras… Elle est un peu désemparée, cette petite Daisy, face à l’injection de son professeur, "Une Danseuse ne Porte pas de Lunettes !", mais elle va finalement monter sur scène ! Elle va dépasser son appréhension.

C'est donc un livre qui raconte un peu toutes les appréhensions qu'il faut apprivoiser quand on monte sur scène … Car il y en a d'autres ; ce n'est pas uniquement celle qui est de se retrouver sans lunettes ; ça peut être celle d'affronter le regard du public… C'est une chose que de suivre des cours de danse et une autre chose que de monter sur scène, se mettre en scène, accepter les regards sur soi, les regards qui peuvent être critiques… Voilà ce que le livre raconte au delà de l'anecdote des lunettes.

Marie : Mais la réflexion du prof elle n'est pas très sympa : c'est dur d'entendre ça quand on a 6 ans… Et même quand on a 10 ans !

Claudine Colozzi : Oui, c'est difficile, et depuis que le livre est paru, quelques personnes m'ont dit que ça n'aide pas les petites filles qui portent des lunettes. J'en ai conscience : il y a une forme d'injustice dans ce diktat que le prof assène en disant : "une danseuse n'est pas comme ça". Certains m'ont même dit : c'est comme "une danseuse doit être mince, une danseuse doit être…" Je ne suis pas tombée là dedans justement ; j'ai utilisé l'accessoire lunette qui touche quand même à l'apparence physique malgré tout. Certaines personnes m'ont reproché la docilité de Daisy. Et puis, au delà de ça, je pense que, d'une contrainte que quelqu'un nous impose ou que la société nous impose, peut naître une forme de liberté.

En te disant ça, je pense à la danseuse étoile Marie-Agnès Gillot qui a dû porter un corset à l’adolescence parce qu'elle avait une énorme scoliose… Elle expliquait que ça avait été certes une contrainte, mais que ça lui avait permis malgré tout de devenir la danseuse qu'elle est.

Cette contrainte lui a permis de puiser en elle des ressources qu'elle n'aurait pas décelées si elle avait été comme les autres.

Ainsi, le fait de devoir danser sans lunettes est une contrainte dont Daisy tire profit pour se dépasser ! C'est une histoire de dépassement de soi, cet album.

Elsa Oriol : Et, dans mon entourage, des gens me disent : "C'est génial : mon fils fait du basket… Il a des lunettes alors c'est compliqué… Ce livre, ça a presque été une délivrance : c'est possible !!!

Marie : ça reste joli les lunettes ! Il y en a des très belles ! Et on pourrait même les assortir au costume de ballet !

Claudine Colozzi : Oui, mais il y a une question basique et pratique que je n'aborde pas dans le livre, parce qu'un album jeunesse ça doit être poétique… c'est le danger de danser avec des lunettes…

Une pirouette, un passage au sol ; on peut tomber, les lunettes se casser… Le verre qui coupe… Ce n'est pas qu'une question d'esthétique si les danseuses montent sur scène sans lunettes.

Que ce soit dans la danse classique ou dans la danse contemporaine, pourtant plus souple avec les diktats esthétiques, les danseurs ne portent pas de lunettes en scène parce que ça peut être dangereux…

Marie : Il y a une image que vous préférez ?

Claudine Colozzi : Le portrait en double page qui me ressemble, peut-être…

Elsa Oriol : Comme j'aime beaucoup les portraits, j'ai bien aimé dessiner les portraits… J'aime beaucoup travailler les gros plans !

Claudine Colozzi : Et puis ce que j'aime dans cet album, c'est la diversité des illustrations : il y a des scènes au cours de danse, puis on voit Daisy seule chez elle… Il y a une scène aussi où elle cauchemarde, où elle entend M. Golovine lui répéter "Une Danseuse ne Porte pas de Lunettes"… Elle est un peu angoissante, cette illustration… Mais on se retrouve dans l'enfance, quand on n'arrive pas à trouver le sommeil parce qu'on ressasse des idées noires… Il y a aussi une double page où Daisy est complètement libérée, où elle danse sans ses lunettes ; j'aime beaucoup cette image de "lâcher prise"…

Cauchemares...

Danser dans le noir...

Elsa Oriol : J'ai aimé aussi travailler cette scène où elle danse dans le noir… Oui, cette planche là où je décuple les mouvements, où Daisy a l'air d'une déesse indienne avec plein de bras…

C'est toujours difficile de dire quelle planche on a préféré ; on essaie sur chacune de bien décrire l'histoire et en même temps pour "dire" des choses qui sont "entre les lignes".

Marie : Quel passage a été le plus difficile à dessiner ?

Elsa Oriol : La dernière scène peut-être… où il a fallut installer une complicité entre l'enfant et la directrice de l'école de danse « Tutu et Cie » (vérifier le nom dans le livre)… Comment finir… Comment établir cette complicité qui laisse entendre à l'enfant [lecteur] que Daisy a surmonté quelque chose, qu'elle va pouvoir accéder à son rêve.

Souvent, la dernière planche des livres est la plus difficile…

Dernière page...

Marie : Ah mais… Claudine, écrirez-vous une suite à l'histoire de Daisy ?

Claudine Colozzi : Non, je ne crois pas.

J'ai envie de continuer à écrire des histoires parce que ça m'a bien plu… Mais l'histoire de Daisy, elle se referme… En réalité, je ne sais pas…

Marie : Alors quand pendant l'interview autour de L’Encyclo vous nous disiez "écrivain c'est un autre métier"… Vous y venez…

Claudine Colozzi : Eh bien, j'y viens…

C'est un autre temps d'écriture que le journalisme où on doit réagir assez vite… Quand on écrit un livre, on a le temps de se poser, de "prendre son temps" et j'aime ça. J'ai pris le temps de chercher les mots, de travailler le texte…

Et puis j'aime bien réfléchir au destinataire du texte… Et quand je vais faire des signatures, j'ai plaisir à rencontrer les petites filles qui sont si contentes d'avoir cette Danseuse ne porte pas de lunettes… Malgré tout, je continue d'être journaliste, de chroniquer des spectacles.

Marie : Vous avez déjà essayé de danser dans le noir ?

Claudine Colozzi : Non… C'est une parade que j'ai trouvée en écrivant l'histoire, mais ce n'est pas autobiographique. Moi, quand le prof m'a dit : "il faut enlever tes lunettes", j'ai enlevé mes lunettes…

Mais je pense que pour faire le vide, pour se recentrer sur soi-même, ça doit être une expérience assez étonnante.

Marie : Il y a une grande danseuse, je crois, elle est non-voyante ?

Claudine Colozzi : Oui ! la danseuse cubaine Alicia Alonso !

Marie : Vous l'avez déjà vue danser ?

Claudine Colozzi : Jamais car elle est très âgée. J’ai visionné quelques vidéos sur Youtube…

Elsa Oriol : Oh, je ne connaissais pas Alicia Alonso, merci pour cette découverte !

Marie : C'est moi qui vous dis un grand, un énorme Merci à toutes les deux pour m'avoir donné de votre temps ! Et si vous voulez rester encore un petit peu, on pourrait regarder une vidéo de danse de Mme Alonso !
Elle aussi, comme Daisy, elle a dû se dépasser pour danser… Et elle a été chorégraphe !


Giselle, Pas de Deux à l'acte II.
Alicia Alonso danse Giselle - dans sa chorégraphie du ballet d'après Jean Coralli et Jules Perrot

Daisy, en vrai, qui s'appelait Claudine, elle n'est pas devenue danseuse, mais journaliste et maintenant… auteure, c'est un beau métier !
A bientôt Claudine ! Elsa à bientôt !

Aurélie Dauvin © En ré Créations.

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