La Danse en Ré Créations - Rencontre avec Julie Gardette

En ré Créations avec une danseuse Soliste du Ballet National de Norvège ! Julie Gardette a évolué sur les scènes de Marseille, d'Amsterdam, de Zurich, d'Helsinki. Elle danse à présent à Oslo, où, avant que les jours grandissent avec le printemps, Ingrid Lorentzen, la directrice du Ballet, l'a nommée "Etoile" !

Marie a rencontrée une artiste généreuse, jeune maman épanouie : confidances, "histoire et géographie" ; une si agréable promenade en Norvège !

Répétition
Julie Gardette répète l'acte II du Lac des Cygnes sur scène, à Helsinki
- C'est une photo qu'elle adore !

Marie : Bonjour Madame Gardette !
Le 3 mars [2017], à Oslo, vous avez été nommée Etoile du Ballet national de Norvège quand le rideau s’est fermé sur la représentation de Carmen de Liam Scarlett. Nommé avec vous, Douwe Dekkers…

Julie Gardette : Bonjour !
Je dois t'interrompre : en Norvège, le titre d'Etoile n'existe pas. En réalité, il n'est donné qu'à l'Opéra de Paris. Dans les autres compagnies en France et dans le monde, on devient Principal[e] ou Soliste. Et au Ballet National de Norvège, on dit justement Soliste.

Marie : : Ah oui, une danseuse du Ballet de l'Opéra de Paris, Lydie Vareilhes, me l'avait expliqué : les grades et les titres sont différents d'une compagnie à l'autre…

Alors, qu’est-ce qu’on ressent quand la directrice du Ballet - je sais qu'elle s'appelle Ingrid Lorentzen - vient sur scène ? Quand elle dit votre nom, puis « Soliste » ?

Julie : Je suis Soliste depuis longtemps, dans d'autres compagnies dont j'ai fait partie…

Un "quadrille" de photos…

- En Soliste à Zurich, in Artifact, chorégraphie de William Forsythe

Interprète…

Interprète…
Pas de Deux à l'acte II

- Principale à Helsinki, in Schéhérazade, créé "sur moi" par le chorégraphe Kenneth Greve, en 2010, avec Wilfried Jacobs.

Interprètes…

Interprètes…

Pourtant, cette reconnaissance signifie beaucoup pour moi ; cette nomination que je viens d'obtenir est encore plus savoureuse parce qu’elle arrive en fin de carrière et parce que j’ai été absente pendant quatre ans pour donner naissance à mes enfants… Parce que j'ai réussi à retrouver mon niveau avec énormément de travail et d'acharnement. C'est très satisfaisant la récompense du travail.

Interprète
Julie Gardette in Before after d'Annabelle Lopez-Ochoa en 2011
- Sur cette photo je suis enceinte de mon premier enfant…

Marie : : Félicitations !

- C'est encore plus fort, la joie, l'émotion, quand on est nommé à deux ?

Julie : On est heureux, bien sûr, mais ce n'est pas aussi fort que ce que peuvent ressentir des danseurs de l'Opéra de Paris nommés ensemble, parce qu'ils ont fait leurs classes ensemble à l'Ecole de Danse [de l'Opéra de Paris] généralement, qu'ils ont toujours dansé ensemble…

Mon partenaire est jeune, il a 26 ans, et nous n'avons que peu dansé ensemble…

Nomination[s]…
Julie Gardette et Douwe Dekkers, le soir de leur nomination au grade de Solistes du Ballet National de Norvège, le 3 mars 2017
(Photographie : Erik Berg - Den Norske Opera og Ballett)

Marie : : Quand le rideau s’est levé, aviez-vous une petite "idée" de la belle surprise ?

Julie : La directrice m'avait promis que je serais Soliste, et en Norvège, la parole donnée a autant de valeur qu'un papier signé… Mais je ne savais pas quand.

Ingrid [Lorentzen] est souvent présente pendant les spectacles, et ce soir là, j'avais été un peu étonnée de ne pas l'apercevoir… Alors, ce fut une surprise quand elle vint sur scène.

Mon mari, lui, savait : il ne dansait qu'au premier acte de Carmen et devait quitter le Théâtre pour libérer la baby-sitter qui s'occupe de nos deux enfants les soirs de représentation… Alors, la direction du Ballet a eu la gentillesse de l'appeler, dès le matin, pour qu'il reste afin d'assister à ma nomination ! Il a tenu sa langue toute la journée !

Marie : : Ah, votre mari danse aussi au Ballet ! C'est chouette !
Il sait drôlement bien garder les secrets !

Vous savez, le soir de votre nomination, Hugo Marchand a été nommé Etoile, lui aussi… Etoile du Ballet de l’Opéra de Paris, lors d’une tournée à Tokyo… Connaissez-vous les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris ?

Julie : Je connais plus les "anciens" danseurs et ceux de ma génération : Noëla Pontois, Elisabeth Platel, Isabelle Guerin, Marie-Claude Pietragalla, Elisabeth Maurin, Patrick Dupond, Manuel Legris , Laurent Hilair, Aurélie Dupont, Marie-Agnès Gillot… Mais pas personnellement ; j'ai entendu parler des jeunes, mais c'est tout…

Marie : : - Avez-vous rêvé d’entrer dans la compagnie nationale, comme tant de jeunes danseuses ?

Julie : Non, pas vraiment.

J'ai fait mes classes à Lyon, au conservatoire notamment, et puis, avant même mon diplôme, j'ai eu l'opportunité d'entrer au Ballet de Marseille, dirigé alors par Marie-Claude Pietragalla. Je n'ai pas vraiment rêvé de l'Opéra… Mes parents étaient de condition modeste : mon père garagiste, ma mère agent administratif [à l'INC]. Je prenais des cours de danse avant tout pour le plaisir, et c'est peu à peu que l'idée de "faire carrière" à grandi… Grâce à de belles opportunités en fait… Être danseuse, c'était une destinée, pas un rêve.

En coulisse…
Julie Gardette, dans la coulisse de Rubis, chorégraphie de George Balanchine, avec des amis - dont son compagnon, François Rousseau, et Benjamine Dupont, sœur de la Danseuse Etoile et Directrice du Ballet de l'Opéra de Paris Aurélie Dupont… -
Au Ballet National de Marseille, en 2000

Marie : : Et si vous n’aviez pas été danseuse ?

Julie : Si je n'avais pas été danseuse ?… Je ne sais pas trop ce que j'aurais fait…

Certainement quelque chose d'artistique, mais j'aime aussi organiser et entreprendre. Non, je ne sais pas ce que j'aurais fait mais j'aurais sûrment été passionnée !

Marie : : La danse a aussi une histoire, en Norvège ?
Et puis, en premier : il y a beaucoup de grandes compagnies ?

Julie : Le Ballet National de Norvège est la plus grande compagnie de répertoire à dominante classique. Mais il y a aussi la compagnie Carte blanche avec un répertoire très contemporain. Ce sont les deux principales compagnies…

Marie : : Est-ce qu'il y a des chorégraphes norvégiens célèbres ?

Julie : Jo Stromgren est certainement le chorégraphe norvégien le plus connu en Norvège tout d'abord, et puis dans le monde. Il est connu en France par exemple parce qu'il a beaucoup créé au Ballet du Rhin à l'époque de Bertrand d'ath…

Il a son group qui se produit dans des tournées partout dans le monde !

Marie : : Le Ballet National de Norvège, c'est une grande compagnie ?

Julie : Dans la compagnie, il y a 65 danseurs, tous de formations classique.

Mais nous dansons un répertoire aussi bien classique que néo-classique et même contemporain parfois.

Au Ballet National de Norvège, toutes les nationalités se côtoient : des artistes francais, cubains, américains, japonais, allemands, espagnoles, italiens, finlandais, suédois, islandais notamment…

Marie : : Quel répertoire danse-t-on au Ballet National de Norvège ?

Entrons à l'Opéra d'Oslo et feuilletons avec vous quelques pages de l'album d'une saison au Ballet - deux grands ballets du répertoires
Photographies : Erik Berg Den Norske Opera og Ballett - 2014
Musique : Piotr Ilitch Tchaïkovsky

Feuillette l'album en cliquant sur "suivant" - sur "précédent" pour revenir en arrière aussi -. En activant le son sur ton ordinateur - ou ta tablette -, tu écouteras les extraits des ballets.

L'Opéra…
L'Opéra d'Oslo…
- Une vue de l'Opéra depuis la mer en face avec de très beaux nuages…

Interprètes…
Julie Gardette en Odette [le Cygne blanc], et Paulo Arrais, Siegfried, sur les premières mesures du Pas de Deux à l'acte II du Lac des Cygnes

Interprètes…
Julie Gardette en Odette [le Cygne blanc], et Paulo Arrais, Siegfried, à l'acte II du Lac des Cygnes

Interprètes…
Julie Gardette entre en Odile [le Cygne noir] avec rothbart, Scott Casban, à l'acte III du Lac des Cygnes

Interprètes…
Julie Gardette en Odile [le Cygne noir], et Paulo Arrais, Siegfried, à l'acte III du Lac des Cygnes

Interprètes…
Julie Gardette en Tatiana, et Scott Casban, Le Prince Gremin, à l'acte III d'Oneguine

Interprètes…
Julie Gardette en Tatiana, et Scott Casban, Le Prince Gremin, à l'acte III d'Oneguine

Julie : Le répertoire est assez varié on danse tous les ballets du répertoire classique.

Et c’est une tradition : pour Noël, il y a Casse-noisette ! Comme à Londres, comme partout… Sauf à Paris… A Amsterdam aussi, on avait dansé pour un Noël La Belle au Bois Dormant, Ici, Casse-noisette, c’est vraiment obligatoire !

Pour les norvégiens, c'est une tradition de venir au théâtre et de voir Casse-noisette.

Mes enfants adorent ça ! Ils connaissent Casse-noisette par cœur ! Ils font toujours la bataille ! Je trouve ça génial pour les enfants ! C’est un spectacle pour eux : il y a les souris, il y a la bataille… à la fin, il y a une danse avec des bonbons !

Féérie…
Julie Gardette dans le tutu de Clara, après une représentation de Casse-noisette… - décembre 2016
- Avec mon fils Armand, alors âgé de 20 mois.

Marie : : Oh ! Humm !

Julie : Là, on a refait un nouveau Casse-noisette cette année, avec des costumes magnifiques, imaginés par Jon Bausor - le même designer qui a fait les costumes de Carmen - : il ya des costumes de sucettes rouges et blanches, des costumes de macarons, de cupcakes, des bonshommes en pain d’épice, des boules - genre Lindor rouges… Et les enfants sont dans ces costumes ! C’est marrant, trop mignon… Mon plus grand fils prend des cours de danse parce qu’il veut absolument faire la danse des bonbons et la bataille ; il voudrait être une souris !

Marie : : Comment se déroule vos journées au Ballet ?

Julie : Le matin, nous prenons le cours à 9 heures. Le cours de danse est normalement obligatoire, mais on peut aussi prendre un cours de gym, un cours de Pilates, suivre un programme de travail qui a été mis au point pour nous par les physio[thérapeutes], ostéo[pates], kiné[sithérapeutes]… qui nous suivent ; c'est le cas après une blessure ou quand on revient de maternité par exemple.

Nous avons bien sûr une pause pour déjeuner, et l'après-midi, il ya le travail avec les chorégraphes, les répétitions…

Notre journée se termine à 17 heures… Et plus tôt quand on danse le soir afin que nous puissions nous reposer, puis nous préparer pour le spectacle.

Marie : : Alors vous retrouvez vos enfants à la sortie de l'école !

Julie : Oui, et pour le plus petit, nous pouvons le prendre à la crèche en fin d'après-midi…

Mais tu sais, en Norvège, les journées de travail se terminent vers 15 heures et notre petit garçon est le dernier à attendre à la crèche souvent… Pourtant, nous avons la chance que l'administration du Ballet nous libère, mon mari ou moi, un peu plus tôt pour que nous puissions aller chercher nos enfants avant que l'école ferme - à 17 heures - !

Marie : : C'est très sympa, ça ! Incroyable de pouvoir quitter son travail plus tôt pour aller chercher ses enfants !

Julie : En Norvège, la famille a beaucoup d'importance. Il y a une loi qui oblige l'employeur à libérer les parents pour qu’ils puissent récupérer leurs enfants à l'école.

Malgré le monde difficile de la danse et des chorégraphes ou répétiteurs parfois très exigeants, L'opéra applique cette loi et donc libère soit François [mon mari] soit moi une heure plus tôt pour pouvoir aller chercher nos garçons.

Mais nous travaillons comme toute compagnie très intensément nous avons juste ce privilège vis à vis de la famille.

Après la danse…
Julie Gardette et Douwe Dekker après une dernière représentation de Casse-noisette - décembre 2016
"This is definitely the last one"…
- Nous étions censés faire quatre représentation de Casse-noisette. Nous an avons fait huit en tout ! Nous sommes dans le couloir où sont nos loges Douwe avec les dessous de son costume et moi un gros pull mais toujours maquillée, et surtout l'air épuisé !
…Nous devions danser une seule fois cette semaine là ; nous avons finalement fait quatre représentations ! Et le tout en répétant déjà Carmen avec Liam [Scarlett] !
Beaucoup de travail derrière le succès !

Marie : : Justement, si on sortait du théâtre…
Comment sont les norvégiens ? De caractère, je veux dire…

Julie : La Norvège est un pays très respectueux. Par exemple, si tu perds un gant, un bonnet, des clés Etc., dans la rue, tu les retrouveras en passant là la semaine suivante ; ils auront simplement été posés sur un muret, à l'abri…

Les crèches laissent leurs portails ouverts le week-end pour que les enfants jouent avec les vélos ; on les emprunte, on les ramène…

Marie : : Wahou !

Julie : …Les personnes handicapées sont aidées ; leurs maisons sont aménagées ; les enfants sont intégrés et acceptés… Et même au cours de danse ! Je connais deux petites filles sourdes par exemple. Eh bien, elles prennent leurs cours de danse avec les autres enfants !

Marie : : Et l’école, c’est comment, en Norvège ?

Julie : Mes enfants sont à l'école française parce que je veux qu'ils apprennent cette langue à l'écrit.

L'école en Norvège, c'est bien différent par rapport à la France. On ne redouble pas ; il n'y a pas de note… On est dans un groupe de la première année de classe à la terminale ; il y a une autre relation au professeur : les enfants parlent aux adultes comme s'ils étaient au même niveau ; il n'y a pas de tu et de vous ; on tutoie tout de suite en Norvège et même les professeurs et pourtant, c'est toujours dans le respect. De même, il n'y a pas de moquerie : les différences sont acceptées… Cela donne de la confiance aux enfants ; il y a de véritables échanges avec les enseignants ; en France, on prendrait cela pour de l'arrogance…

L'Opéra…
L'Opéra d'Oslo… Tout le parvis en marbre blanc est rose orangé - est coloré par les lueurs du lever de soleil d'hiver
- Magnifique photo prise par Yoel carreno, mon partenaire dans Onegin

Marie : : - Comment c’est la vie en Norvège… L'hiver, c'est comme la nuit très longue ?

Julie : L'atmosphère de travail et les relations humaines si agréable compense avec l'hiver qui est très long : on est bien au travail, on est bien dans sa vie ; on est au chaud chez nous - les intérieurs scandinaves sont chauds, agréables -… Les gens sont agréables… Entre ca et une vie parisienne, franchement, je crois que je vais opter pour la vie scandinave… (Sourire)

Mais, souvent, les scandinaves partent dans un pays chaud ; ils partent en Thaïlande ; ils font une petite coupure en novembre ou décembre…

Pour bien vivre cette période difficile, froide et sans lumière, on mange ce qu’il faut : des omégas 3, du poisson ; on prend plus de vitamines.

La période la plus difficile est entre janvier et fin mars parce que le printemps n'arrive pas ; fin mars, il n'y a pas de bourgeon ; il y a parfois de la neige encore et…. Le soleil n'arrive pas…

Marie : : Les bourgeons, ils naissent sous la neige…

Julie : Quand on a de la neige en hiver avec des grands froids, ce qui n'est pas arrivé depuis plusieurs années, c'est génial parce qu'il y a la lumière de la neige… Et les paysages sont si beaux !

Marie : : Comme les paysages doivent être magnifiques ! Mais Oslo c'est la ville…

Julie : A Oslo, en prenant le métro, on est bientôt sur les pistes de ski de fond…

Et puis, il y a beaucoup de forêts ici avec la neige sur les branches c'est superbe…

Marie : : Et l'été ? C'est le soleil qui ne se couche pas…

A Oslo…
"Ciel magique à Oslo"… - 18 juin 2017, à 23 heures

Julie : L'été, à Oslo, le soleil se couche vers 11H30 le soir, mais la nuit n'est pas vraiment noire ; la clarté reste… Et je me rappelle, une fois, dans un taxi pour l'aéroport, à 3 heures du matin, j'avais mes lunettes de soleil sur le nez… Le soleil était déjà levé ! C'est impressionnant ce jour qui dure… A 8 heures le soir, le soleil est haut comme en plein après-midi et on oublie de se coucher…

Marie : : Que ce doit être étrange… Mais magnifique aussi !

Merci, Julie, pour ce doux voyage ! Je vous souhaite une très belle carrière de Soliste en Norvège ! Et puis de beaux moments avec votre famille - je souhaite, pour vos garçons, qu'ils soient un Noël prochain, souris dans Casse-noisette !

Aurélie Dauvin © En ré Créations.

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