La Danse en Ré Créations - Rencontre avec Emmanuelle Grizot

En ré Créations avec une danseuse Etoile du Ballet de l’Opéra de Bordeaux qui a pris sa retraite de la scène à la fin de la saison dernière, mais reviendra pour beaucoup de représentations encore grâce à ses ballets car elle est aussi chorégraphe !

Marie l’a rencontrée et elle a appris tellement de choses sur Hänsel et Gretel, qu’Emmanuelle Grizot à créé pour des danseurs, pour la joie des enfants et des parents aussi !

Danseuse et chorégraphe
Emmanuelle Grizot

Marie : Bonjour !
Vous avez écrit Hänsel et Gretel pour la danse. Pourquoi ce conte là ? Vous aimez le pain d'épice ?

Emmanuelle Grizot : Je gardais en mémoire ce conte de mon enfance qui autant me fascinait qu’il me faisait peur. Me revenait également à l’esprit une très belle version de l’Opéra d’Engelbert Humperdinck vue et entendue alors que je travaillais au Deutsche Oper am Rhein de Düsseldorf et je m’étais dit qu’une version pour ballet serait tout à fait possible. Et dernier point et non des moindres, je n’avais pas entendu parler d’un ballet autour de ce thème, donc tout restait ouvert…

Marie : Mais la maison, elle est en carton, pas en friandises… Est-ce vous aussi qui avez imaginé les décors ?

Emmanuelle Grizot : Généralement la maison est en pain d’épices, mais j’ai fait une petite variante car je la souhaitais très colorée et l’ai imaginée en bonbons bien alléchants. Effectivement, très vite j’ai pensé au décor, car il me fallait un cadre pour ensuite laisser libre cours à mon imagination. Par exemple, la maison est représentée par un simple panneau recto-verso, très attirante à l’extérieur car Hänsel et Gretel doivent avoir envie de rentrer à l’intérieur. Et une fois qu’ils ont pénétré chez la sorcière, l’envers du décor montre le côté très sombre et destructeur de l’antre du cannibale. Sinon, il y a aussi le garde-manger irrémédiablement vide qui se trouve suspendu au-dessus de la famille dès le lever du rideau et qui, dans le tableau de la sorcière, va descendre emprisonner Hänsel et faire donc office de cage. Je trouvais intéressant qu’il puisse avoir un double emploi car dans ce conte qui tourne autour de l’oralité, il est toujours question de nourriture : qui mange quoi ?qui est mangé par qui ?…J’avais donc des idées assez précises concernant le décor pour donner corps à l’histoire. Mais ensuite, j’ai été aidée pour la réalisation des maquettes et les détails techniques par Giulio Achilli, directeur technique de l’Opéra de Bordeaux.

Il était une fois
En scène… Hänsel et Gretel - sous la menace de la sorcière

Marie : Est-ce difficile de raconter avec des pas une histoire pour les enfants ?

Emmanuelle Grizot : Dès lors que tout est clair et que l’on sait ce qu’on veut raconter, le déroulé des pas vient assez facilement. Je me suis tout de même posé pas mal de questions concernant la peur et comment les jeunes spectateurs allaient l’appréhender. Les enfants aiment et cherchent à avoir peur mais seulement si la minute d’après ils sont rassurés. A postériori, je pense que j’aurais pu aller plus loin en exploitant la peur, car finalement les enfants sont habitués à voir beaucoup de choses sur les écrans.

Marie : Qui a écrit la musique ? Est-ce une composition pour Hänsel et Gretel ?

Emmanuelle Grizot : La musique a également fait partie de la création. Je ne souhaitais pas utiliser la version chantée d’Humperdinck et j’ai donc commencé à faire des recherches correspondant aux ambiances du conte. Je me suis tournée vers Mahler, Tchaïkovski et Roussel. Très vite, j’ai eu l’idée de bruitages de forêts qui feraient écho au personnage de l’oiseau, le fil conducteur de l’histoire, et qui viendraient s’intercaler entre les morceaux de facture classique. Puis j’ai pensé à une comptine enfantine qui serait chantée et j’ai demandé la participation d’une chanteuse lyrique de l’Opéra. C’est donc Eve Christophe Fontana qui a eu l’extrême gentillesse de prêter sa voix à ce projet et c’est Jean-Marc Fontana qui l’a accompagnée au piano lors de l’enregistrement.

Marie : Pour les personnages, comment fait-on pour transformer des grands danseurs en enfants sur scène ?

Emmanuelle Grizot : Le décor était planté et la trame musicale enregistrée, la chorégraphie pouvait donc commencer avec les danseurs de l’Opéra de Bordeaux. Je n’ai pas du tout cherché à transformer des danseurs adultes en enfants. Par contre, je suis allée à la rencontre de jeunes enfants et leur ai demandé quels étaient leurs jeux dans les cours de récréation. Beaucoup de jeux de mains dont je me suis inspirée pour les personnages de Hänsel et Gretel.

Marie : La danseuse qui est l'Oiseau est-ce un peu comme dans Pierre et le loup avec des pas rien que pour elle comme la flûte dans la musique de Sergueï Prokofiev ?

Emmanuelle Grizot : Le personnage de l’oiseau est un peu particulier. En fait, dans le conte de Grimm il en est question à plusieurs reprises : c’est un oiseau qui mange les miettes de pain, c’est un autre qui mène les enfants vers la maison de la sorcière et enfin c’est un canard qui fait traverser la rivière aux enfants et les ramène à bon port. Il est évoqué souvent en une phrase mais il a un rôle essentiel dans le conte. J’ai voulu en tirer parti et en ai donc fait mon fil conducteur. Effectivement, dans Pierre et le loup de Prokofiev, on retrouve la même notion.

Marie : Pourquoi la sorcière est jouée par un danseur et qui porte des pointes ?

Emmanuelle Grizot : Le personnage de la sorcière est joué par un homme car je l’imaginais avec une envergure naturelle afin que, visuellement il domine Hänsel et Gretel. Il porte donc des pointes car cela augmente sa taille. Il faut dire aussi qu’il y a dans la compagnie de Bordeaux un danseur capable de chausser les pointes et d’y être parfaitement à l’aise, ce qui reste assez rare. Mais la sorcière pourra aussi bien être interprétée par une femme assez grande. Pour ce rôle, ce qui est à mes yeux important, c’est de jouer avec l’ambiguïté du personnage, qui se veut caressant pour séduire les enfants, puis qui montre ensuite son vrai visage et ses réelles motivations.

Marie : Et puis il faut créer les costumes… Vous avez feuilleté beaucoup de livres illustrés de cette belle histoire ?

Emmanuelle Grizot : Concernant les costumes, l’opéra de Bordeaux m’a mise en relation avec un costumier : Hervé Poeydomenge. Je lui ai parlé de mon projet de ballet et des personnages tels que je les imaginais. Il a apporté son savoir-faire et son univers.Nous avons donc pas mal échangé nos points de vue et il a ensuite travaillé sur les maquettes. Nous étions d’accord sur le fait que nous ne voulions pas d’une sorcière traditionnelle et qu’il fallait un être étrange et quelque peu androgyne. J’ai aussi feuilleté pas mal de livres illustrés pour enfants pour bien m’imprégner de l’histoire et pour ajouter des détails à la mise en scène.

Chorégraphie d'Emmanuelle Grizot
Affiche du ballet Hänsel et Gretel - Création à Bordeaux en avril 2011

Marie : Est-ce qu'on peut apprendre en regardant la danse comme en lisant ou en écoutant le conte ?

Emmanuelle Grizot : J’espère que le conte est compréhensible pour les enfants, les adultes pouvant également en avoir un autre niveau de lecture. Evidemment on peut appréhender un conte de différentes manières : en lisant ou en écoutant un conteur, ou bien en regardant un ballet ou un opéra. Mais après tout, la meilleure manière qui soit pour découvrir un conte, n’est-elle pas la voix de la mère ou du père qui raconte l’histoire à son enfant avant l’endormissement ? En tous cas, le principal est de laisser libre cours à l'imagination et à l'imaginaire de l'enfant.

Marie : Avez-vous créé d’autres chorégraphies ?

Emmanuelle Grizot : Oui. J’ai créé quelques autres chorégraphies où le point de départ de l’inspiration a pu être soit l’histoire en elle-même, soit une musique, ou un costume, ou encore un lieu. En fait, c’est assez variable. Je n’ai pas encore beaucoup d’expérience en la matière mais ce que je peux dire est que cette forme de création me passionne.

Marie : Et puis, à côté de la danse, qu’aimez-vous ? La musique, le cinéma, la télévision… La lecture je pense ?

Emmanuelle Grizot : J’apprécie beaucoup le cinéma mais aussi la littérature, la musique, l’art sous toutes ses formes. Je crois qu’il est important de rester ouvert et réceptif et l’inspiration se nourrit de tout cela, tout comme elle peut naître de situations plus banales, de la vie finalement.

Marie : Merci beaucoup Madame Grizot ! Au revoir.
Ah, et puis, à bientôt sur votre site où les photographies sont si belles !

Aurélie Dauvin © En ré Créations.

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