La Danse en Ré Créations - Rencontre avec Jean-Lucien Massot

En ré Créations avec un danseur Etoile du Ballet Royal du Danemark qui viendra à Paris pour danser dans quelques représentations de Napoli - dans une version recréée d’après Auguste Bournonville -au début de janvier…

Marie a rencontrée Jean-Lucien Massot : il lui a raconté sa carrière et puis "le style Bournonville", de tradition danoise… Belles histoires de danse et de danseurs !

Scène
Jean-Lucien Massot dans La Petite Sirène - Chorégraphie de John Neumeier
(Photographie : Henrik Stenberg)

Marie : Bonjour !
Qui êtes-vous, Jean-Lucien Massot ?

Jean-Lucien Massot : Je suis un danseur français et je vais bientôt avoir quarante ans. Je danse professionnellement depuis l'âge de dix-sept ans. Je travaille au Ballet Royal du Danemark comme soliste principal depuis l'âge de vingt-deux ans. Je suis né à Orange dans le Vaucluse et j'ai grandi à Avignon.

Marie : Où avez-vous appris la danse ?

Jean-Lucien Massot : J'ai appris la danse au Conservatoire de Danse d'Avignon avec Madame Calise-Petracchi comme directrice.

Marie : Dans quelles compagnies avez-vous dansé ?

Jean-Lucien Massot : J'ai dansé pendant 5 ans à Berlin au Deutsche Oper Berlin puis maintenant avec le Ballet Royal du Danemark.

Marie : Est-ce que vous voulez bien raconter comment vous êtes devenu danseur étoile ? – Heu, on dit « étoile » aussi au Danemark- ?

Jean-Lucien Massot : On peut dire étoile, soliste principal. J'ai gravi les échelons, à dix-sept ans j'étais stagiaire, dix-huit ans corps de Ballet, un peu avant mes vingt ans demi-soliste, vingt-et-un ans soliste puis à l'âge de vingt-deux ans Peter Schauffuss m'a offert un contrat avec le Ballet Royal du Danemark comme danseur étoile.

Marie : Quels sont vos plus beaux rôles ?

Jean-Lucien Massot : Je n'en citerai que quelques uns car la liste est longue mais le héros dans Onegin de John Cranko, Albrecht dans Giselle, le Prince du Lac des Cygnes, mais aussi le pas de deux Les Bras de Mer de Petr Zuska, Petite Mort de Jiri Kylian ainsi que Siegmund dans le Ring de Maurice Béjart ou Violin Concerto de George Balanchine.

Pas de deux
Caroline Cavallo et Jean-Lucien Massot dans Les Bras de Mer - Chorégraphie de Petr Zuska
(Photographie : Costin Radu)

Scène
Amy Watson et Jean-Lucien Massot, dans Petite Mort
- Chorégraphie de Jiri Kylian -- en octobre 2007
(Photographie : David Amzallag)

Marie : Et les chorégraphes que vous aimez ?

Jean-Lucien Massot : Jiri Kylian, Sidi Larbi Cherkaoui, Petr Zuska, Maurice Béjart, Kenneth MacMillan, George Balanchine, Jerome Robbins, John Neumeier, William Forsythe, Jorma Elo… parmi tant d'autres.

Scène
Hilary Guswiler, Jean-Lucien Massot, Tina Hoejlund, dans The Concert
- Chorégraphie de Jerome Robbins - en octobre 2011
(Photographie : David Amzallag)

Marie : Mais le Danemark, c’est là qu’est célèbre Auguste Bournonville ! Son nom ressemble au Français…

Jean-Lucien Massot : Oui, Auguste Bournonville est né en 1805 à Copenhague, son père était français, Antoine Bournonville né a Lyon en 1760. Son père fut Directeur au Ballet Royal du Danemark de 1816 jusqu'en 1823.

Auguste Bournonville commença la danse à Copenhague avec son père. Ensuite il partit à Paris pour améliorer son travail avec Auguste Vestris pendant six ans. Il deviendra danseur, chorégraphe et Directeur du Ballet Royal du Danemark comme son père de 1830 à 1877.

Auguste Bournonville est important au Danemark mais aussi dans le monde de la danse car il créa de nombreux ballets qui donnèrent un style, le style Bournonville qui est bien propre au Danemark. Ces origines sont de la pure école française.

Marie : Comment ça se danse « du Bournonville » ?

Jean-Lucien Massot : Le style Bournonville contient beaucoup de petite batterie, énormément de travail du bas de jambe, avec très peu de bras et beaucoup d'épaulements pour compenser l'absence de ces bras. Le Pas de deux de La Fête des Fleurs à Genzano ou La Sylphide de Bournonville sont de parfaits exemples.


Gudrun Bojesen et Mads Blangstrup, danseurs Principaux du Ballet Royal du Danemark
dans le Pas de deux de La Fête des Fleurs à Genzano

Marie : Et il y a des enfants qui dansent avec les grands dans les ballets d’Auguste Bournonville ?

Jean-Lucien Massot : Ils sont présents dans pratiquement tous les ballets de Bournonville, Napoli, La Sylphide, Le Conservatoire, A Folk Tale, par exemple mais aussi dans des ballets comme Casse-noisette, Le Lac des Cygnes ou La Belle au Bois Dormant.

Première scène…
Les élèves de l'école de Danse du Ballet Royal du Danemark
dans l'acte I de Casse-noisette - Chorégraphie de George Balanchine - en décembre 2011
(Photographie : David Amzallag)

Tout jeunes, la responsabilité de se retrouver sur scène et de partir en tournée avec la compagnie leurs est donnée. Ils apprennent à être sur scène, les projecteurs, le public, à être en ligne mais surtout à interpréter des rôles.

Marie : Ce doit être une grande expérience d’être sur le pont dans Napoli

Jean-Lucien Massot : Eh oui moi j'ai commencé à danser sur le pont d'Avignon et eux sur le pont de Napoli.

Première scène…
Les élèves de l’école de Danse du Ballet Royal du Danemark
Sur le pont dans Napoli à l’acte III
- Chorégraphie d'Auguste Bournonville, mise en scène de Nikolaj Hübbe et Sorella Englund - en septembre 2010
(Photographie : David Amzallag)

Du pont de Napoli, ils voient le pas de six, les variations, la tarentelle enfin tout le 3ème acte, ils grandissent en étant sur ce pont, une fois dans la compagnie, ils connaissent presque la chorégraphie mais surtout le style.

Marie : Napoli, c’est une histoire d’Italie ?

Jean-Lucien Massot : Oui, l'histoire se passe dans le sud de l'Italie ou les tempéraments sont très méditerranéens, très explosifs, à Naples.

Gennaro, un pécheur sans argent est amoureux d'une jeune fille, Teresina, celle-ci l'aime aussi mais la mère de Teresina à dans l'idée de marier sa fille à un des deux hommes riches du quartier. Gennaro et Teresina partent faire une ballade sur la barque de Gennaro, une tempête les fait chavirer et Teresina se noie dans les abysses où Golfo, créature vivant dans les fonds marins la transforme en une de ces Naïades, des Nymphes, servantes de Golfo. Gennaro part à sa recherche et se trouve confronté avec Golfo. L’amour des deux humains fait perdre Golfo et Teresina est sauvée.

De retour sur la terre ferme la mère de Teresina accepte le mariage.

Marie : Alors c’est une histoire vraie, mais avec du merveilleux !

Jean-Lucien Massot : Le premier acte est le réel et le deuxième acte est le merveilleux, l'imaginaire un peu comme dans Giselle. D'ailleurs Giselle et Napoli ont été crées à un an d'intervalle environ, Giselle étant le premier.

C'était pendant la période du Romantisme.

Marie : Qui a composé la musique du ballet ?

Jean-Lucien Massot : Il y a eu plusieurs compositeurs qui ont contribué à la musique de Napoli : Edvard Helsted, Holger Simon Paulli, Hans Christian Lumbye.

Marie : On danse toujours le Napoli d’Auguste Bournonville aujourd’hui ?

Jean-Lucien Massot : Absolument, je crois que Napoli a été donné plus de sept-cents fois depuis sa création.

Marie : Auguste Bournonville et ses ballets font partie de la tradition danoise donc.

Jean-Lucien Massot : Le Ballet Royal du Danemark fait parti des compagnies les plus anciennes au monde. Le style Bournonville date du milieu du dix-neuvième siècle et beaucoup de ces ballets sont encore dansés de nos jours. Les maîtres de ballet et les Directeurs sont très passionnés ! Beaucoup d'entre eux ont grandi avec. Le style est enseigné à l'école du Ballet car Bournonville avait aussi chorégraphié des exercices, des classes entières et pour ne pas être oubliés, ils ont été écrits par Hans Beck, un danseur qui a été un élève d'Auguste Bournonville. Ainsi la tradition ne se perd pas et peut être perpétrée.

Scène
Jean Lucien Massot dans Napoli - au troisième acte
- Chorégraphie d'Auguste Bournonville, mise en scène de Nikolaj Hübbe et Sorella Englund
(Photographie : Martin Mydtskov Roenne)

Marie : Mais il y a aussi des versions nouvelles des ballets et par exemple ce Napoli

Jean-Lucien Massot : Il y a deux ans, Nikolaj Hübbe qui est le Directeur du Ballet a créé une nouvelle version. Il a signé la chorégraphie avec Sorella Englund . Il y a quelques changements, les décors, les costumes, l'époque mais l'histoire reste la même. Avant l'histoire se passait vers 1840-1850 - car le ballet fut créé en 1842 -. Maintenant le ballet se passe en 1950. Le deuxième acte est complètement nouveau, la musique, les décors, les costumes ainsi que la chorégraphie. La musique du deuxième acte dans cette version a été écrite par Louise Alenius Boserup. C’est une version qui n'a jamais été dansée jusqu'à présent en France.

Marie : Comment avez-vous passé Noël sur scène ?

Jean-Lucien Massot : En faisant Casse-noisette, comme beaucoup de compagnie. Nous avons eu la première le 3 décembre jusqu'au 22 Décembre. Pendant cette période il y a énormément de spectacles et le Samedi et le Dimanche nous avons deux représentations par jours. C’est difficile car en même temps nous devons travailler Napoli que nous allons danser à l'Opéra de Paris début Janvier.

Marie : Casse-noisette oui, c’est une tradition pour Noël !

Jean-Lucien Massot : La plupart du temps oui mais ils nous est arrivé de danser le Lac des Cygnes ou alors La Belle au Bois Dormant, mais celui qui marche le plus pendant la période de Noel est bien sûr Casse-noisette.

Je crois que Casse-noisette doit être le ballet dont j'ai fait le plus de versions. Tout d'abord celle de Noureev, puis celle de Peter Schauffuss, puis à Copenhague nous avons eu celle de Flemming Flindt, puis celle d’Alexei Ratmansky, puis celle de Kenneth Greve et enfin celle de George Balanchine entrée au répertoire cet hiver. C'est une version où beaucoup d'enfants sont sur scène. Les décors et costumes sont tout nouveaux, différents de ceux du New York City Ballet. Nous avons commencé à travailler un mois avant la première. Le public l'apprécie énormément et la salle est pleine à chaque spectacle. Le jour de la première nous avons eu 2 spectacles et à la fin du deuxième spectacle, pendant les saluts, le Directeur est entré sur scène avec un micro et a fait un discours pour annoncer au public la nomination de J'aime Crandall comme danseuse étoile ; celle-ci venait juste de danser le Grand Pas de Deux ! La joie sur scène, dans les coulisses et dans le public était vraiment incroyable ! Un joli cadeau de Noël, n'est ce pas ?

Etoile !

Etoile !
J’aime Crandall, danseuse Etoile, sur la scène de l’Opéra Royal de Copenhague
… Souvenirs du soir de sa nomination, le 3 décembre 2012
après la Première de Casse-noisette
(Photographies : David Amzallag)

Marie : Oh oui ! Il faudra féliciter J’aime Crandall surtout ! Merci pour ces quelques pas au pays de la Petite Sirène !
Et bonne année !

Ah oui, rendez-vous à Paris tout bientôt !

Aurélie Dauvin © En ré Créations.

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